Les vérités que le monde du foot doit entendre

Peut-on freiner les compétitions à deux vitesses ? Gratuit
Publié le 18 avril 2021
Peut-on freiner les compétitions à deux vitesses ?

OPINION. Que valent les beaux principes face à la réalité ? La Superligue européenne est le seul moyen de redonner de l'intérêt à toutes les compétitions et de réconcilier les petits et les gros.

Guillaume W. (47 ans) est agent général d'assurance. Ce supporter du Paris Saint-Germain est également abonné à la revue de l'After Foot.


1982, j’ai 9 ans. Je vis mes premières fortes émotions de football qui sont encore aujourd’hui ancrées au plus profond de mon cœur vibrant pour ce ballon rond. Enfin, il y avait déjà eu cette lucarne trop basse de Van Breukelen sur un tir de Dieu, mon dieu Michel, un soir de novembre, prémices de ce qui allait se passer cette fameuse année 1982.

Je suis de ceux qui attendaient avec impatience le dimanche matin et Téléfoot pour voir les résumés ou plutôt les buts de la coupe UEFA, de la Coupe des coupes, de la Coupe des clubs champions. Des champions, les vrais.

Presque 40 ans ont passé et aujourd’hui seule la Ligue des champions me procure encore cette émotion. Cette émotion, cette tension qui commence quelques jours avant et qui ne s’arrête que quelques jours après. Seules les rencontres entre les plus grands me rappellent ce frisson de 1982. Aujourd’hui comment s’enthousiasmer en rencontrant Dijon, Angers, Lorient ou autres avec tout le respect qu’on leur doit ?

Mon club de toujours n’est plus dans cette dimension. Eux ne seront plus jamais dans la nôtre. L’écart est depuis trop longtemps trop grand, de plus en plus grand. Comme le supporter turinois, munichois, mancunien, madrilène, milanais, barcelonais, liverpuldien, comment vibrer contre Spezia, Augsbourg, Sheffield, Eibar, Crotone, Elche ou encore West Bromwich ?

Nos millions nous séparent et nous sépareront toujours, pour toujours. Tous les clubs ne sont pas faits  pour être dimensionnés à l’échelle européenne, mondiale, voire tout simplement nationale.

Ma nostalgie des matchs aller/ retour de la coupe des clubs Champions dès le premier tour n’y changera rien. Nous avons changé d’époque, changé d’ère. Aujourd’hui, chaque semaine, je veux supporter mon club en vibrant, en frissonnant comme en 1982. Cela ne pourra ne se faire qu’en rencontrant les meilleurs clubs, les meilleurs joueurs, dans les meilleurs stades, toutes les semaines dans cette ligue Européenne, peut-être imparfaite, peut-être vénale mais tellement indispensable à mon cœur de supporter.

L’écart, le gouffre existe déjà entre les plus grands et les plus petits. Il est utopique de penser qu’il existe encore cette forme d’incertitude dans le football. La Ligue des champions dans son format actuel ne laisse déjà plus de place aux plus grands des plus petits sauf quelques rares exceptions.

Les événements de notre temps accélèrent la mutation, mettent en lumière ce qui existait que nous ne voulions pas voir. Mais le constat est là. Incontournable. Indiscutable. Irrémédiable.

Evidemment, je regretterai toujours un premier tour contre Vitkovice en aller- retour même si c’est pour être éliminé comme je regretterai toujours la coupe UEFA et la Coupe des vainqueurs de coupes. Mais en 2021, comment envisager l’avenir sans une ligue fermée réunissant les meilleurs, rivalisant et surpassant tous les autres sports même les plus puissants outre-Atlantique ?

Comment faire l’impasse sur cet intérêt certain et démesuré des diffuseurs que provoquera cette ligue lui assurant sa pérennité, son existence, l’avenir de notre sport préféré contre l’ennui mais aussi contre les autres sports ?

Les anciens fans comme moi se rallieront plus ou moins vite avec plus ou moins de conviction et les jeunes auront ce qui les intéresse, Ronaldo contre Messi, Neymar contre Salah, Mbappé contre Haaland même si ce n’est que pour les quelques dernières minutes du match. Tous les supporters trouveront leur bonheur. Pour les grands clubs, les plus grandes confrontations dans les plus beaux stades remplis, aux belles pelouses anglaises avec les meilleures arbitres répondant aux plus grands enjeux et au plus grand jeu.

Pour les plus petits, des compétitions nationales retrouvant leur essence avec l’espoir nouveau, retrouvé, de pouvoir les gagner. N’est-ce pas l’esprit même du sport, de la compétition, que d’avoir la possibilité de gagner ? De retrouver cette fameuse incertitude du sport ? Quels supporters de Lille à Montpellier, de Bilbao à Cadiz, de Hambourg à Fribourg ou d’Udine à Crotone ne rêvent de pouvoir gagner un championnat sans les ogres Paris, Barcelone, Real Madrid, Bayern Munich ou Juventus ?

Peut-on se contenter d’un nul arraché grâce à un autobus ou une victoire sur coup de bol une fois tous les 4 ans contre l’un de ces mastodontes ? Est-ce suffisant de les détester, de nourrir sa haine de jalousie plutôt que de gagner ? Le sport c’est la compétition et la compétition c’est se battre pour gagner. Gagner c’est créer, inventer, se surpasser. Pas simplement penser à détruire ou serrer les fesses 90 minutes durant.

J’aimerais revivre 1982. 1982 restera à jamais mon année de football mais il y en a eu près de 40 derrière et je veux en vivre 40 autres en vibrant, en me régalant, en hurlant au stade ou devant ma TV, en écoutant les débats enflammés de l’After avec ceux que l’on qualifiera de fils spirituels de Gilbert et Daniel . On ne peut pas s’opposer à l’évolution, au temps qui passe, à ce progrès  même si il n’est pas toujours notre idéal.

Aujourd’hui, il ne faut pas, plus, se mentir, seuls les mardis et mercredi soirs de Ligue des champions nous apportent ce que notre sport favori nous donne de meilleur, même plus encore que la coupe du monde.

Alors allons jusqu’au bout du concept. Allons vers une ligue fermée européenne.

commentaireCommenter