Les vérités que le monde du foot doit entendre

Plus le football se globalise, plus le supporter … se globalise Gratuit
Publié le 23 avril 2021
Plus le football se globalise, plus le supporter … se globalise

OPINION. On a tendance à voir dans le foot business une rupture avec le monde des supporters. Mais il ne faut pas s’y méprendre, les supporters ne sont pas un tout homogène...

Inconditionnel de l’After depuis la Coupe du Monde 2006 et titulaire d’un Master en Management et en Histoire de la Philosophie, Mejdi (26 ans) est aujourd’hui abonné à la revue After Foot.


Nombreux sont les exemples récents de prises de position des supporters d’un club contre leur direction. Ces manifestations ont pris des formes multiples, en raison notamment de la pandémie de Covid-19 et de la fermeture des stades qui a obligé les supporters de football à inventer de nouvelles formes de contestation et d’expression de la colère. Ainsi, entre l’humour et la raillerie aux abords du centre d’entraînement du FC Nantes, la gronde des Bordelais devant leur stade, le boycott économique de l’OM sur les réseaux sociaux ou encore la manifestation violente à la Commanderie, les supporters semblent défendre leur club contre le  "foot business" comme le dernier village d’irréductibles Gaulois contre l’envahisseur romain.

Mais de quels supporters parle-t-on vraiment ? Si ces quelques supporters attachés à l’histoire de leur club sont réellement les derniers remparts contre le football globalisé, on peut légitimement se poser une question fondamentale : où sont passés les autres ? Il est indéniable de constater que les groupes historiques des clubs de supporters continuent tant bien que mal à se réunir pour se dresser contre ce qui est vécu comme un piétinement de leur identité, de leurs valeurs, de leurs traditions. Mais face aux changements d’écussons incessants, aux maillots reniant les couleurs du club ou encore à la politique sportive axée essentiellement sur le trading de joueurs, quelle est la part des supporters véritablement opposés aux projets économico-sportifs de leurs clubs ?

En effet, nombreux sont par exemple les supporters lillois qui se satisfont des résultats actuels de leur club, s’étant fait une raison quant à la politique sportive de vente et d’achat intarissables de joueurs menée par le fonds d’investissement actionnaire du LOSC. Au PSG, le partenariat avec Jordan est un succès commercial impressionnant : les troisièmes maillots noirs, roses ou encore violets sont depuis quelques années en tête des ventes, l’actuel maillot « tache d’essence » n’y coupant pas, véritable carton auprès des jeunes supporters. A l’OM, l’appel au désabonnement sur Twitter a suscité pour certains une forme d'incompréhension vis-à-vis de ceux qui voulaient boycotter leur propre club : on pourrait ainsi constater statistiquement et très froidement que cet appel a fait reculer le nombre d’abonnés de seulement quelques dizaines de milliers de twittos sur une base initiale de près de 4 millions d’abonnés.

Les supporters ne sont pas un tout uniforme et homogène. Les « irréductibles Gaulois », dont on peut légitimement saluer la ferveur et l’engagement, ne représentent aujourd’hui qu’une seule fraction des supporters d’un club, sans doute minoritaire. Les nouvelles générations sont, elles, beaucoup plus friandes de changement et ne se sentent pas concernées par cette identité qu’ils n’ont pas connue ou qui ne leur a pas été transmise.

Les jeunes supporters parisiens ont ainsi trouvé totalement justifié de voir Verratti et Zlatan dans l’équipe type de tous les temps du PSG, au mépris des gloires d’antan. Ce délitement de l’identité d’un club va aujourd’hui même plus loin alors qu’il est facile d’observer de plus en plus de supporters aux multiples clubs de cœur. En effet, la globalisation du foot rimant avec la diffusion du foot, la catégorie des 12-24 ans a grandi en regardant la Premier League, la Liga ou la Ligue des champions. Le projet de Super Ligue séduit cette génération et nombreux se réclament d’un club français et étranger, voire parfois d’un seul club, non français. Qui sait, peut-être pourra-t-on bientôt observer le même phénomène avec les équipes nationales et ainsi avoir demain, par exemple, des supporters parisiens derrière le Qatar en 2022 ?

La globalisation du foot réveille certes chez les supporters historiques un sentiment de régionalisation car, apeurés et révoltés de voir se déliter une partie de leur identité, ils se replient naturellement sur leurs valeurs et leurs traditions. Mais cette perte d’identité ne peut exister que si, précisément, identité existe. Or les nouvelles générations de supporters ont développé une tout autre façon de suivre leur club et le football en général, beaucoup plus plurielle et multiple.

Chez certains même, l’internationalisation du club est ironiquement objet de revendication et de fierté. Plus le foot se globalise, plus le supporter se globalise donc. Mais peut-être serait-il plus juste de parler des supporters au pluriel. Ce groupe hétéroclite se compose de générations bien distinctes, aux codes et à la culture footballistique aussi différents qu’opposés.

Entre vrais supporters, nouveaux supporters, supporters fidèles, supporters arrivistes, néo-supporters, jeunes supporters, supporters-spectateurs ou supporters historiques, on pourrait penser que plus le football se globalise, plus les supporters se divisent.

commentaireCommenter