Les vérités que le monde du foot doit entendre

Rendez-nous notre émotion ! Gratuit
Publié le 22 mai 2021
Rendez-nous notre émotion !

La pandémie a tellement affecté le rapport des supporters au football qu'on a parfois l'impression que ce qu'on a vécu il y a plus d'un an vient tout droit d'une réalité parallèle. Nostalgie.

Dimanche 8 mars 2020, 13h : Réveil difficile après une soirée à divaguer dans les rues festives du vieux Rennes. Mais pas le temps pour les regrets ni pour me lamenter sur mon sort, il y a dans moins de 2 heures un Rennes-Montpellier décisif pour la qualification en Ligue des champions ! J’emmène pour l’occasion ma copine nantaise pour qui c’est une grande première au Roazhon Park, espérons pour mon couple que le match n’accouche pas d’un 0-0 car le temps est frais et pluvieux.

Rendez-vous est fixé à 14h devant le Valy, véritable institution pour tous les supporters rennais. J’essaie de me frayer un chemin dans la foule compacte pour atteindre le bar et récupérer mon sésame à savoir une galette saucisse fromage et une pinte de Heineken. Me rejoint alors un pote d’école, supporter caennais, compagnon de vadrouille la veille au soir à qui j’ai proposé de venir voir un vrai match de foot ! Adieu les Goncalves, Weber et Bammou, bonjour les Nzonzi Camavinga et Bourigeaud !

Juste le temps d’entamer quelques débats footballistiques enflammés que l’heure fatidique approche et nous nous dirigeons vers la porte 12 avec notre billet en main. Bien que cela doive être la centième fois que je me rends au stade, j’ai toujours la même excitation en montant les marches et en entendant les décibels augmenter. Je suis agréablement surpris de voir que le stade est quasiment plein, l’enthousiasme des supporters pour cette équipe tranche complètement avec les sombres heures de l’époque Montanier.

14h55 : C’est l’heure du Bro gozh ma zadoù ! Les derniers supporters pris dans les bouchons de la rocade rennaise regagnent péniblement leur siège pendant que ma copine prend en vidéo l’ambiance déjà chaude. Taquin, je lui glisse que ça doit lui changer de la Beaujoire, elle me répond avec une moue teintée de mépris.

15h : Que le spectacle commence ! Et quel spectacle ! Dès la neuvième minute, Faitout Maouassa décoche une frappe -pied droit s’il vous plaît- qui enflamme le stade. 1-0 puis 2-0 grâce à notre Pippo national, j’ai nommé Adrien Hunou ! La deuxième mi-temps ressemble à une démonstration et le stade est bruyant comme jamais. Les « ola » se succèdent pendant de longues minutes, le RCK est en feu et lance des « Qui ne saute pas n’est pas rennais » qui prennent jusque dans les tribunes latérales ! Même ma copine devient une supportrice rennaise (en même temps le dernier 5-0 à Nantes doit remonter aux années 2000).

16h50 : Coup de sifflet final. Le stade rennais a fait un grand pas vers la LDC en consolidant sa troisième place, d’autant plus que certains médias évoquent une fin anticipée du championnat en raison de ce dangereux virus circulant de plus en plus sur le territoire français et partout dans le monde. A peine sorti du stade qu’il est temps de regagner ma voiture et rentrer chez moi en écoutant le débrief du match sur RMC. Petit fastfood devant le CFC, match du dimanche 21h puis au lit le sourire aux lèvres et des étoiles plein les yeux…

Plus d’un an après, j’ai du mal à me dire que ce Rennes-Montpellier fut le match de la qualification historique de mon club de toujours en LDC et le dernier match auquel j’ai assisté. Depuis plus d’un an et l’apparition de ce foutu virus, le football, MON football et celui de beaucoup d’entre nous a disparu, profondément bouleversé par l’absence de public. Le public, les supporters sont l’essence du foot, preuve en est avec la disparition inéluctable de Mediapro qui aurait pu penser que l’absence de spectateurs dans les stades générerait plus d’abonnés. C’est raté.

Pour prendre mon exemple personnel, j’ai 27 ans et je suis un grand passionné de foot depuis mon plus jeune âge. Mon père étant supporter rennais ainsi qu’éducateur au sein de mon club, c’est tout naturellement que j’ai baigné tout petit dans le foot. Avant le Covid, ma consommation de foot pouvait être boulimique. Je pouvais me regarder un Brighton-Burnley le samedi à 13h sur C+ sport, un Lens-Clermont sur Bein à 15h et un Saint-Etienne-Strasbourg sur Canal à 17h ! Mon choix des matchs étant souvent corrélé avec l’ambiance, le stade (j’adore les 32 ème de CDF sur des bourbiers). Je n’ai jamais aimé les stades aseptisés et sans ambiance comme le stade Louis II.

Malheureusement, c’est devenu la norme depuis le Covid avec les fausses ambiances, les commentateurs qui essaient de s’enflammer mais qui n’y croient pas eux même, les joueurs qui semblent parfois peu concernés…

Ma consommation de foot à la TV ne se résume maintenant qu’aux matchs du stade rennais et aux gros matchs de L1 et LDC. Et encore, la plupart du temps je regarde ces matchs en "mute" sur une tablette avec un autre programme sur la TV. Je ne vois plus l’intérêt de mettre le volume si c’est pour entendre des sons enregistrés et des banalités journalistiques.

Pire encore, je n’ai pas réussi à m’enthousiasmer pour notre campagne en LDC. Comment s’enthousiasmer quand un Rennes-Chelsea ressemble à un vulgaire un match amical de pré-saison?

J’ai le sentiment que ce virus a volé notre rêve de LDC et je ne suis même pas sûr que les futures générations se souviendront que le stade rennais a été pour la première fois en Champions League en 2020…

Mon papier n’est pas un coup de gueule car nous ne pouvons malheureusement rien face à ce virus qui semble plus fort que tout le monde et ne fait que retarder l’illusion d’un retour à la normale. Si bien qu’à l’heure actuelle j’ai moi-même du mal à imaginer 40 000 personnes dans un stade, chanter,sauter, crier.

Non, mon papier ressemble plutôt à un billet mélancolique pour se rappeler comment c’était avant et combien c’était bon ! Je le répète : Rendez-nous notre football ! Notre football, le vrai, vecteur de lien social et d’émotions incomparables, celui qu’on aime depuis sa création.


Thibault Louvel (27 ans), habite à Paris depuis 3 ans (rennais de naissance), trésorier d'entreprise et supporter du stade rennais ! Il est abonné à ma revue After Foot
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