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Stades de Ligue 1 : la désertion des supporters Gratuit
Publié le 7 août 2021
Stades de Ligue 1 : la désertion des supporters

Stades vides : Pourquoi la ligue de football française et nos clubs ne sont-ils pas parvenus à s’inspirer de nos voisins anglais ou allemands et comment y remédier ?

On a tous en mémoire ces Arsenal/ Lens, Liverpool/ OM, Manchester United/ St Etienne ou plus récemment le Paris Saint-Germain à Manchester United ou au Borussia Dortmund. Des parcages pleins à craquer et une impression depuis la TV de jouer à domicile tant la domination des chants des supporters visiteurs était écrasante. Et pourtant, il y a aussi le Matmut Atlantique, enceinte des Girondins de Bordeaux, ce club historique du championnat de France, qui aujourd’hui sonne creux avec 55% de taux de remplissage, ou le LOSC, club aux ambitions européennes mais qui ne remplit son stade que lors de trop rares occasions.

Pourquoi aujourd’hui, nos clubs de Ligue 1 n’arrivent t-ils donc pas à remplir leurs stades quand chez certains de nos voisins européens, les billetteries sont prises d’assaut et certains matchs affichent complet en moins de 15 minutes ? Avant la période Covid, la Ligue 1 était le 5ème championnat européen en termes d’affluence, loin, très loin derrière la Bundesliga et la Premier League. Selon Transfermarkt, lors de la saison 2019/2020, seuls 5 clubs de Ligue 1 ont un taux de remplissage supérieur à 80% (Paris Saint-Germain, Stade Brestois 29, Amiens SC, Stade Rennais FC, RC Strasbourg Alsace), pour 10 clubs sur 18 en Bundesliga. Pire, En Angleterre, 100% des clubs de Premier League ont un taux de remplissage supérieur à 91%. En Liga, tout comme en Serie A, une minorité de clubs a un taux supérieur à 80%.

La Ligue 1 dernière de la classe

Aujourd’hui, la Ligue 1 est le 8ème championnat européen le plus riche en buts avec une moyenne de 2,52 buts par match, très loin derrière son voisin allemand, sa Bundesliga et ses 3,25 pions par match. La peur de perdre a pris le pas sur l’envie de gagner dans notre chère Ligue 1. Beaucoup trop d’équipes abordent les matchs avec l’espoir de décrocher un point et tant pis pour le spectacle, seul le résultat prime. Ce football de petit comptable a accéléré la désertion des supporters qui, eux, sont principalement en recherche de plaisirs non quantifiables et d’une identification forte à leur club. Comment être épanoui quand son club favori ne peut offrir qu’une équipe apeurée dans ses seize mètres qui a pour seul objectif le match nul dès qu’un adversaire dit « supérieur » se présente ?Je suppose que chacun préférera voir son équipe perdre en ayant tout donné plutôt que de prendre un point sans avoir tenté quoi que ce soit.

Téléspectateur plutôt que supporter

Quand en Angleterre ou en Allemagne les grandes affiches se déroulent majoritairement le samedi et dimanche après midi, chez nous ou en Italie, elles se déroulent le soir (durant des années, la Liga espagnole a aussi suivi ce modèle. Aujourd’hui, ces affiches se déroulent plus tôt en journée afin de gagner des parts du marché audiovisuel Chinois). Le constat est sans appel, les championnats se jouant majoritairement en journée attirent plus de supporters au stade, des familles entières peuvent se déplacer pour ce qui est, pour beaucoup, le rituel hebdomadaire. De plus, la possibilité que les supporters puissent rentrer chez eux le soir même facilite grandement le soutien fidèle de leur équipe. Il est très difficile pour une personne n’habitant pas dans la région de son club ou à des supporters visiteurs de pouvoir rentrer chez eux après le match du dimanche soir et d'être en forme pour débuter une nouvelle semaine de travail. La facilité devient donc de suivre son équipe à distance à travers la TV ou la radio.

Incompréhension entre directions et supporters

Les clubs doivent créer un lien qui les unit avec leurs supporters. En mai dernier, en pleine période de confinement, le club de Tottenham avait pris l’initiative de contacter certains de ses supporters les plus âgés afin de prendre de leurs nouvelles par le biais des joueurs. Ce type de démarche opéré par le club du nord de Londres a pour but de renforcer ce lien et l’attachement club/ supporters. Le lien peut être si fort dans certains pays dits « de foot » qu’il peut être inconcevable que les enfants ne supportent pas la même équipe que leurs parents, voire grands parents, tant le foyer familial vit au rythme du club.

Plusieurs dirigeants de clubs de Ligue 1 ont sous-estimé ce lien et ont considéré le supporter comme un vulgaire client gogo, ce qui est est une grosse erreur car le supporter est un actif à part entière du club. Pensez-vous que l’Olympique de Marseille ait la même valeur avec ou sans ses supporters? Les changements ou modifications de stades ont aussi fortement fragilisé ce lien, des stades construits ou rénovés pour l’Euro 2016 avec entre autres, l’espoir de copier le modèle allemand et sa construction de 12 stades entre 2000 et 2005 qui lui avait permis d’attirer 32% de supporters en plus après la Coupe Du Monde 2006 (source rapport Besson 2008). Aujourd’hui le résultat est un échec, certains stades sont surdimensionnés par rapport à l’attractivité des clubs pensionnaires (Bordeaux, Nice, Saint Etienne). Contrairement à ce que pensaient naïvement certains, il ne suffit pas d’avoir de nouveaux stades pour provoquer un afflux de supporters.

Ces nouveaux stades en périphérie de villes, tels de vulgaires centres commerciaux, n’ont pas apporté avec eux ce petit bout d’histoire auquel chaque supporter aime se rattacher et ont eu un effet à l’opposé de ce qui était attendu. Les supporters ne se sont pas amassés, au contraire, ils ont fui. Chaque supporter d’un club à forte identité verrait la délocalisation de son équipe d’un mauvais oeil car son histoire avec le club s'est créée entre ces 4 murs. Demandez à un supporter parisien, marseillais ou lensois s'il accepterait que son club change de stade pour des motifs de développement économique. Aujourd’hui, il n’y a pas de diffuseur pour la saison prochaine, les stades se vident année après année et l’utilisation de systèmes de piratage tels que le streaming ou l’IPTV est en constante augmentation. La solution serait peut être que les clubs ainsi que la ligue professionnelle se focalisent davantage sur le plaisir à procurer à leurs supporters et sur les moyens de remplir les stades, les droits TV suivront. Un stade rempli sera toujours plus attractif pour un diffuseur et pour preuve, les 2 championnats générant le plus d’argent en termes de droits télévisuels sont la Premier League et la Bundesliga.

Cependant et malgré ce tableau noir, les supporters français ne boudent pas totalement les stades, ces parcages remplis en coupe d’Europe en sont la preuve. Un supporter se déplacera toujours plus pour voir son club si ce dernier est prêt à lui offrir des émotions. De plus, cette saison à huis clos fut encourageante sur le plan du jeu. Autre espoir : le RC Strasbourg, club de milieu de tableau, a su créer ce lien avec ses supporters en s’inspirant de ce qui se fait Outre-Rhin, avec entre autres la proximité direction/ supporters. Aujourd’hui, le club Alsacien peut se targuer d’être l’un des 5 clubs français ayant le meilleur taux de remplissage, une identité forte et une ferveur identifiable au stade de la Meinau, son stade. L’Angleterre et l’Allemagne ont, à travers le temps, trouvé et perfectionné chacune un modèle associant économie du foot et « supporterisme » qui sont aujourd’hui des références européennes.

Culturellement, la France n’est similaire à aucun de ces 2 pays, elle ne pourra pas copier ces modèles mais devra s’en inspirer si un jour elle veut que le modèle à la française devienne une référence.


Yacine R. (28 ans), auto-entrepreneur dans l’événementiel à Londres, supporter du Paris Saint-Germain. Il est aujourd'hui abonné à la revue After Foot.

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