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Les vérités que le monde du foot doit entendre

Lille : j'ai vu, j'ai vaincu, j'ai disparu Gratuit
Publié le 3 juin 2021
Lille : j'ai vu, j'ai vaincu, j'ai disparu

Le destin des clubs comme Lille, pas suffisamment armés financièrement pour rester au haut niveau, est invariablement le même. Ils se font piller après un titre et mettent des années à revenir au sommet.

Supporter Parisien depuis ma plus tendre enfance, je pourrais observer avec dédain et condescendance ce football de la « France d’en bas » tant le fossé qui nous sépare parait abyssal. Je pourrais tel un enfant gâté faire un caprice et m’insurger contre le mauvais karma de cette saison écoulée.

Or, il n’en est rien. Le gargarisme de cette suprématie nationale cohabite avec une empathie non feinte envers ces « besogneux » que l’on aurait presque oubliés. A cet égard, le LOSC 2021 force le respect par son abnégation et ses ressources mentales inlassablement mises à l’épreuve cette année.

L'allégorie de David contre Goliath n’a jamais semblé aussi pertinente, les Dogues ont dû défendre leur beefsteak doré contre vents et marées face à des flibustiers finalement déboussolés. Cependant et sans grandes illusions, ce trésor légitimement acquis sera vite dépouillé. Le signe indien ne trompe pas. En effet, quand ton entraineur a « Galette » en guise de sobriquet, tu as beau avoir eu la fève cette saison, se faire dévorer tout cru est ta fatale destinée…

En parlant de signe, et à l’instar de leurs confrères Bordelais, le parallèle serait d’imaginer pour les Lillois un titre tous les 10 ans. Si un aléa climatique (tempêtes en 1999 & 2009) pour les Girondins joue les oiseaux de bon augure, les périodes « d’entre deux » siéent à merveille aux Lillois (2011 & 2021). Si l’an 3 après JMA fut leur, place à l’an 1 après al-Khelaïfi…

Et ensuite ? Ensuite, c’est bien le mot qui semble effrayer le club. Historiquement incapable de pérenniser un effectif de qualité, se séparant de joueurs stratégiques allant du leader de jeu jusqu’à l’espoir prometteur ; c’est malheureusement à ce prix-là que le LOSC peut survivre dans cet univers impitoyable. De ce fait, difficile de s’installer dans la suite royale de la Ligue 1 et tout juste suffisant pour rester dans cette antichambre ô combien frustrante parce que synonyme d’éternel recommencement. Une ritournelle désormais ancrée dans l’ADN du club Nordiste.

Lille, c’est le bon élève qui devra toujours remettre les bouchées doubles pour continuer d’exister sur la scène nationale et de surcroît internationale. Lille, c’est ce club que tout le monde apprécie, qui écrit toujours une belle histoire sans pouvoir imaginer une suite malgré lui. Oui malgré lui, car dans ce Foot Business, le Trading est l’apanage des éternels « apprentis » du haut niveau. Dans ce sport où plus rien n’est assez grand, il n’y a plus de place pour les romantiques épopées générationnelles ou pour « l’amour du maillot », vulgairement parlant.

Cette équipe, ce club, cette structure, dans une autre époque à n’en pas douter seraient devenus une place forte et pérenne du football hexagonal voire européen. Hélas, ce conte de fées, comme à son habitude, se transformera en conte défait ou compte refait, au choix. Gervinho, Rami, Cabaye, Sow en 2011. Maignan, Soumaré, Galtier pour l’instant…Quid de Burak, David, Renato, Jonathan Ikoné, Bamba et Botman ?

Les pirates du football ne sont jamais très loin ni en retard pour piller les trésors de guerre acquis avec bravoure. Un château de carte qui s’effrite une fois les gros billets posés sur la table. Véritable coup de hache ou quand hégémonie rime trop vite avec hémorragie. Si le Dogue sait nager, ce n’est pas un requin pour autant et il ne peut résister longtemps aux assauts quand il s’agit de sa survie. Enfermé dans cette éprouvette de laboratoire à talent et de bon élève à ambition limitée, la capsule est pour le moment trop robuste pour s’en affranchir. Raison faite, en ce mois de mai, on se contentera de faire exploser celles du houblon ! ça fait également pschiiit après tout !

Finalement, Lille est un ambassadeur qui représente bien ce qu’est devenu le football français sur la scène européenne. On note, on respecte, on sourit, mais pour les choses sérieuses, c’est encore ailleurs que ça se passe. Coulé à Amsterdam l’hiver dernier, il faudra du courage l’an prochain pour nos valeureux Chti’s en Europe. Construire un nouveau navire qui tienne la route, s’offrir le droit d’y croire et éviter de finir une énième fois comme le radeau de la méduse, telles seront les missions du nouveau commandant de bord.

J’ai l’impression que ce LOSC 2021, c’était les copains d’abord, si loin de ces nouvelles opulentes baraques à Fric du Football moderne. Ce fut tout simplement rafraîchissant de rappeler à l’ensemble de l’élite qu’un championnat se gagne encore sur le pré vert. Personne n’aurait posé un billet sur l’autel du Phénix Lillois en début d’exercice et voilà que cet été ils vont en récolter par millions. Je déclare ouverte la braderie de Lille ! Bienvenue chez les Chtis !

En définitive, cette équipe sera une belle boîte à souvenir que tout un groupe de joueurs et d’observateurs regarderont plus tard avec tendresse, c’est certain. Lille était une fois une belle Histoire, c’était beau, c’était bien, on y reviendra pour les vacances…Et ce n’est pas David ou Jonathan qui diront le contraire !


Thibaut Lannepoudenx (35 ans) est exploitant agricole. Landais pur souche et Fan de l’After depuis 2010, il se revendique de religion RIOLISTE.
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