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Les vérités que le monde du foot doit entendre

On ne doit pas tout supporter des supporters ! Gratuit
Publié le 22 juillet 2021
On ne doit pas tout supporter des supporters !

On a tous acclamé le retour des supporters dans les stades. Mais cela ne doit pas masquer certaines de leurs attitudes qu'il ne faut pas laisser passer. Pour le bien des fans, mais aussi celui de la société.

Si aucun match de l'Euro n'a lieu en France, nos stades ont déjà vu le retour du public lors de grandes occasions. Non pas pour du ballon rond mais pour du ballon ovale. Malgré l’absence de public pendant plus d’un an, les supporters français n'ont pas oublié comment mettre le feu tout autour du terrain. Et même si les stades ne sont pas pleins, ce sera toujours mieux que le huis-clos total qui a entaché nos soirées football et rugby d'une certaine morosité.

Les supporters ont repris leurs bonnes habitudes mais ils risquent également de reprendre les mauvaises. Les chiffres optimistes autour de la pandémie peuvent inciter les pouvoirs publics à autoriser le retour au moins partiel du public pour la saison prochaine. Geoffroy-Guichard, la Meinau, le Vélodrome et Bollaert redeviendront des chaudrons. Avec des tifos splendides pour les grandes occasions. Mais aussi certaines choses qu'on n'a pas envie de voir ou d'entendre dans un stade.

À l'heure où on se réjouit du retour du public, mon papier risque d'arriver comme un chien dans un jeu de quilles. L'année de huis-clos qui semble s'achever sans avoir prolongé son contrat d'un an supplémentaire ne peut pas conférer tous les droits aux supporters. Pas plus que le statut de supporters lui-même ne peut conférer tous les droits aux détenteurs de ce statut. Notre époque, où le populisme et la démagogie ont le vent en poupe, laisse croire aux « populos » et aux « démagos » que le peuple est infaillible parce que c'est le peuple.

Je pense que les supporters ne sont pas infaillibles et n'ont pas tous les droits. Les banderoles discriminatoires, les insultes et les mots à connotation raciste ne sont pas et ne doivent pas être la seule expression admissible de la passion pour le football et de l'amour pour son équipe. On peut chambrer, on peut adresser des reproches, on peut hausser le ton, oser une certaine franchise dans son expression orale et écrite. Mais le retour des supporters dans les stades doit impliquer la reprise de la lutte contre les cris de singe, l’homophobie, tous les propos discriminatoires ou à la signification sujette à une interprétation malencontreuse.

« On veut aseptiser le football ! Le couper de la classe populaire ! » ; Voilà ce que je risque d'entendre en réaction à ce papier. Je me souviens d'une intervention de Daniel dans les Grandes Gueules débattant avec un supporter de Nice en 2019. Le supporter en question justifiait l'emploi de mots à consonance homophobe par le fait qu'il se rendait à l'Allianz Riviera en compagnie de camarades homosexuels qui, eux-mêmes gagnés par l'émotion, employaient le même vocabulaire.

Il faut respecter la susceptibilité des autres, et surtout, penser à ceux qui nous accompagnent assez souvent au stade : les enfants. Surveiller son attitude et son langage dépasse dès lors le simple cadre du football et s'immisce dans le reste de la société. On se plaint de la disparition des valeurs morales dans la société française, sans se rendre compte que ce sont parfois des moments comme un match au stade qui peuvent y contribuer.

Quand des supporters de l'OGC Nice, fraîchement racheté par le patron de l'équipe cycliste Ineos, écrivent sur une de leurs banderoles le mot « pédale » en arc-en-ciel, couleur du drapeau LGBT, ils ne peuvent pas dire qu'ils ne font le pont qu'avec la petite reine. C'était aussi une réponse à l'intervention gouvernementale sur la question des propos homophobes, oraux comme écrits, dans les tribunes. Une provocation ! Qu'on aime ou qu'on n'aime pas le gouvernement actuel, l'homophobie est incompatible avec les valeurs de la République française.

Critiquer le gouvernement actuel ne donne également pas le droit aux supporters du Red Star de s'en prendre à Roxana Maracineanu, qui a dû être exfiltrée pour ne pas se faire lyncher. Qui sait ce que ces hommes lui auraient fait si on les avait laissé faire ? Les cris de singe ne sont également plus admissibles ! Si je souhaite comme Daniel qu'on tourne la page du genou à terre, lui et moi ne voulons pas que la lutte contre le racisme cesse. Nous voulons simplement qu'elle prenne une autre forme, autrement plus efficace. Et s'il faut épurer les stades des multirécidivistes, alors il ne faut pas hésiter.

Beaucoup déplorent l'augmentation du prix des places en Angleterre pour débarrasser les stades des hooligans, responsables de 39 morts à Bruxelles et 96 à Hillsborough. Mais pensez- vous que la seule et véritable ferveur consiste à s'entretuer dans un stade ou sur un parking ? J'exagère peut-être avec ce verbe, « entretuer », mais rien que de se battre, causer des dégâts matériels ou même humains sans qu'il y ait forcément un mort, c'est déjà trop.

Avant leur remontée en Ligue 1, j'ai assisté à deux derbys Valenciennes-Lens au Stade du Hainaut. Deux victoires valenciennoises. Dans les deux cas : des sièges cassés. Et même la première fois : un bar proche du stade dévasté. Il n'y a pas eu des morts qu'en Angleterre. En 2010, des groupes de supporters rivaux du PSG s'affrontent. Un mort. En Ligue Europa, saison 2009-2010, le TFC se déplace à Belgrade. Un supporter des Violets meurt aussi.

Côté PSG, cette altercation sanglante et l'infâme banderole de 2008 ont conduit à l'instauration du plan Leproux, puis à l'interdiction des ultras pendant plusieurs années depuis l'arrivée de QSI aux commandes du club. Un mal ? Peut-être. Mais alors, un mal pour un bien.

Racisme, homophobie, bagarres, saccages, morts, ce n'est pas le folklore du football et cela ne doit pas être le signe de reconnaissance des supporters issus de la classe populaire.

Pour le bien du football et de ses supporters, il faut casser l'image selon laquelle le supporter issu de la classe populaire serait inféodé aux propos les plus ignobles.

Il y a un juste milieu entre un excès de politiquement correct qui effectivement aseptise les enceintes, et les plus atroces dérives dues aux excès de certains supporters.


Alexandre Debieve (30 ans) originaire de Valenciennes et supporter du VAFC. Grand fan de l'After, il est abonné à la revue After Foot.

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