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Au Red Star, c'est Bauer qu'il nous faut ! Gratuit
Publié le 15 juillet 2021
Au Red Star, c'est Bauer qu'il nous faut !

Construit puis agrandi en vue des JO de Paris 1924, le Stade Bauer a aujourd’hui 112 ans. Plus qu’un stade, c'est un modèle particulier dans le football français.

Le Red Star FC, fondé par Jules Rimet, est son unique pensionnaire depuis 1909. Aujourd’hui, il entre en rénovation à nouveau pour les JO de Paris 2024. La boucle est bouclée avec quelques « pansements » de jambes qui ont jalonné son histoire.

A Saint-Ouen, quand on déambule rue du Docteur Bauer, on tombe sur un patrimoine du football français : le Stade municipal. Avec son parvis défoncé, ses tribunes différentes les unes des autres, comme le témoignage d’un écrin qui s’est construit par périodes architecturales bien marquées. Cela fait un bail qu’il a une capacité réduite à 2 900 spectateurs entassés dans la tribune Rino.

Quand Jules Rimet fonde le Red Star en 1897, il a en tête un club omnisports avec une équipe de football. A l’époque, les maillots sont rayés bleu et blanc, de la couleur de la compagnie maritime la « Red Star Line » qui donne son nom au club. A l’époque, c’est grosses moustaches, pantalons de football et ballons en cuir. A l’époque, c’est jouer sur des terrains, à droite à gauche, et puis atterrir sur cette trouvaille aux portes de Paris. La mairie de Saint-Ouen met à disposition le terrain à proximité des usines et des bidonvilles.

Difficile pour un sport de gentlemen de venir ici. Très vite, le Stade se construit entre 1909 et 1912. Il atteint une capacité de plus de 20 000 spectateurs debout sur les buttes qui entourent un terrain lui-même orné d’une piste d’athlétisme. Ce Stade a été officiellement appelé Stade de Paris, puis Stade municipal de Saint-Ouen. Mais depuis la fin des années 1970, un nom d’usage s’est imposé : le Stade Bauer. Ce nom lui vient de la rue qui le longe. Le Docteur Bauer est un juste, fusillé pendant la seconde guerre mondiale, mémoire d’une ville active dans la résistance.

Bauer, c’est Bauer, point barre !

Pour la petite histoire, le Stade n’a été officiellement appelé Bauer que le 8 février… 2021 en conseil municipal pour préparer sa vente. En effet, la nouvelle municipalité de Saint-Ouen et son nouveau maire, Karim Bouamrane, ont décidé, un an plus tôt, de relancer l’arlésienne : rénover le Stade Bauer. Aujourd’hui, le Stade Bauer a une appellation contrôlée, si bien que le nouveau propriétaire, le Groupe Réalités, acquiert l’enceinte avec la contrainte imposée de ne pas lui coller de "naming" sur les 99 prochaines années.

Cette volonté émane de la Ville et des supporters les plus ultras du club. Pas de « Torchon arena » ni de « Bauer Serviettes stadium ». Bref, Bauer c’est Bauer, point barre ! En cela, c’est particulier à l’heure où le "naming" est considéré comme une rentrée financière non négligeable. Car le Stade Bauer, tout le monde en parle. Le Red Star aussi. A cette enceinte particulière correspond un club particulier. Le Red Star, c’est 5 coupes de France entre 1921 et 1942. C’est un club qui change de nom 11 fois depuis sa création. C’est un club qui a fusionné quelques années avec le … Toulouse FC. C’est une appellation « 93 » qui tombe de son blason en 2012 pour se stabiliser depuis en Red Star Fc 1897.

C’est un club qui fait la navette entre la Division 1 et 2 jusqu’en 1978 pour ne plus dépasser la D2 depuis. C’est un pensionnaire assidu du CFA puis du national. C’est un club où des Nestor Combin ou encore Safet Susic effectuent des piges. C’est LE club que tout gamin de Seine-Saint-Denis veut rejoindre. C’est une étoile rouge qui prend une signification prolétarienne à l’image de son environnement direct sans pour autant la revendiquer. Car si l’Etoile Rouge de Belgrade est forcément née du contexte socialiste, ce n’est nullement le cas pour le club de Saint-Ouen.

Bref, un mythe vivant dans une enceinte vivante. Dans laquelle Michel Drucker commente un match contre Saint-Etienne en 1969 dans la ferveur populaire. Celle où une équipe de National tape le RC Lens cette année en Coupe de France et fait trembler l’Olympique Lyonnais jusqu’aux tirs aux buts au tour suivant en huitièmes. L’endroit où tu te penches pour voir un but parce que les poteaux métalliques de la tribune industrielle obstruent la vue des plus malchanceux.

Un Stade de ligue 1… en pleine ville

La sympathie inspirée par le Red Star et l’espoir qu’il suscite sont liés à son Stade. Un stade qui manque lors des exils forcés à Beauvais, à deux plombes de là, parce que l’enceinte tombe en ruines. Justement, le 7 juillet dernier, l’étoile bénéficie de l’alignement des planètes. Le nouveau Bauer a été présenté à la presse par la ville, la Métropole, le Groupe Réalités et le club. Là encore, c’est particulier. Le Stade, en plein centre-ville, sera ouvert sur la ville. Pas de fortifications qui empêchent de toucher le mythe. Une pelouse visible depuis la rue. 10 000 places pour en faire une bouillonnante enceinte, en vue d’une accession affichée en Ligue 1 dans les prochaines années.

Et puis, ce Stade va vivre en dehors des matchs avec des activités économiques et des destinations peu communes dans un temple de Ligue 1. Ce Stade va bousculer les habitudes des supporters ultras opposés à quelques aspects du projet. Le modèle de cohabitation est unique, entre un stade populaire et une enceinte qui doit soutenir économiquement le club, le quartier, à proximité des Puces et du futur village olympique. Bauer va vivre aussi en dehors des matchs et ne va pas vibrer qu’au rythme du football. Vision moderne ou pas, Bauer s’en fout, il entame sa cure de jouvence.

C’est tout l’enjeu de son avenir : continuer à accueillir un public varié, qui se sente bien au stade, quelle que soit sa place. Qui mélange les gens et les genres. Le Red Star va jouer pendant les travaux. Le Stade va progressivement augmenter sa capacité jusqu’à fin 2024.

Les spectateurs vont ainsi déménager de tribunes en tribunes au fur et à mesure de l’avancée du projet. Aller à Bauer va s’assimiler à une découverte permanente et une expérience unique à chaque fois. Sans pré carré.

L’idéal serait que Bauer accueille une équipe olympique de football, en 2024, qui crèchera à 1,7 km de là, dans la même ville. L’idéal serait de commencer le championnat de Ligue 1 en 2024-2025 dans une ambiance particulière. L’idéal serait que Bauer, ayant commencé en forme ovale, finisse en rectangle à l’anglaise en espérant qu’il n’accueille pas trop de pieds carrés.


Chargé de mission relations institutionnelles, Christophe Disic est également abonné à la revue After Foot.
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