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Chievo, le crépuscule de Vérone Gratuit
Publié le 26 août 2021
Chievo, le crépuscule de Vérone

Pendant que la Serie A faisait son retour en grandes pompes le week-end dernier, une nouvelle tragique a frappé un club bien connu de l’élite transalpine. Le Chievo Vérone n’est plus. L’occasion de lui rendre un dernier hommage.

Raconterro a mio figlio del numero 31. Je parlerai à mon fils du numéro 31. Le 19 mai 2019, le stade Marcantonio Bentegodi s’était levé comme un seul homme et y était allé de ses plus belles banderoles pour saluer à la 73ème minute la sortie de Sergio Pellissier. Une véritable légende locale, qui disait adieu à son unique amour : le Chievo Verone, dont il était le joueur le plus capé avec 517 sorties et le deuxième meilleur buteur de l’histoire du club avec 139 réalisations. Mais ce que les supporters gialloblu, les yeux embués par l’événement, étaient loin d’imaginer à ce moment là, c’est que leur équipe favorite ne reverrait plus jamais l’élite italienne et que désormais il faudrait abandonner l’idée de se rendre à Piazzale Olimpia les soirs de matchs.

L’incertitude sur la saison 2021-2022 ne pesait pourtant pas seulement sur la Salernitana et son imbroglio administratif surveillé par la Federazione Italiana Giuoco Calcio (FIGC) (Voir article du 6 Juin 2021). En réalité, il s’avère que plusieurs clubs italiens ont été lourdement fragilisés par la crise de la Covid-19. Mais dans la ville de Roméo et Juliette, la pandémie s’est transformée en tragédie.

Fin juillet le Comité Olympique Italien (CONI) a d’abord administrativement relégué le Chievo en division amateur (Serie D), officialisant aux yeux de tous ses importants problèmes financiers. Le club présidé par Luca Campedelli depuis 1992 s'est alors engagé dans une bataille juridique. Dès le 30 juillet, un premier recours était déposé auprès du Tribunal Administratif Régional (TAR) du Lazio pour contester la décision du CONI. Il fût rejeté quelques jours plus tard, confirmant ainsi l’exclusion du club veronais de la Serie B. Pire : la FIGC lui a retiré la licence professionnelle libérant l’ensemble des salariés (dont les joueurs clés) de leurs engagements.

Ces annonces n’ont pourtant pas découragé les représentants juridiques du Chievo, Giorgio Mattarella, Daniele Ripamonti et Flavio Iacovone. Mais l'ultime appel du 17 août s'est avéré vain, révélant un peu plus des défaillances fiscales du club qui selon le TAR « ne pouvaient garantir des conditions de parité à l’égard de chacun des participants au championnat de Serie B ». Le club serait notamment redevable de 18 millions d’euros d’arriérés de TVA auprès de l’État (Article Mediaset, 24 Août). Ce long chemin de croix s’est terminé samedi 21 août à midi, date fixée par le CONI pour une manifestation d’intérêt à l’inscription du club en division amateur. Personne n’y a répondu.

C’est ainsi qu'à l’heure du déjeuner, une vision alléchante du football italien s’en est allée. Une vision originale et appréciée de Chievo, ce petit quartier périphérique du nord-ouest de Vérone (moins de 5 000 des 257 353 habitants de la ville).

Ce quartier évoque aussi un club qui a traversé, depuis sa création en 1929, près d’un siècle de relatif anonymat, en témoignent ses nombreuses appellations perdues à la postérité : Nazionale Dopolavoro Chievo (1929-1948), Associazione Calcio Chievo (1948-1960), Associazione Calcio Cardi Chievo (1960-1975), Associazione Calcio Chievo (1975-1981), Associazione Calcio Paluani Chievo (1981-1986), Associazione Calcio Chievo (1986-1990). Il aura fallu attendre les vingt dernières années pour que l’inattendu se produise et que l’Associazione Calcio Chievo Verona, baptisée ainsi en 1990, s’invite parmi les ténors du football transalpin avec une montée historique en 2001. Une destinée qui avait alors reçu la sympathie du reste de la péninsule et fit naître une success-story dont la presse raffole. Les titres transalpins parlaient alors « de conte de fées », surnommant ces héros de nulle part « i mussi volanti », les ânes volants en dialecte véronais.

Pendant dix-neuf saisons marquées par une seule relégation en 2007 (Champion de Serie B en 2008), le Chievo Verone s’est invité à la table des grands. Voire même des très grands, puisqu’il découvre la Coupe UEFA en 2003 puis la Ligue des Champions en 2006 ! À la faveur du Calciopoli qui fait grimper le Chievo de la 7ème à la 4ème place du championnat, le club emmené à l’époque par Amauri et Pellissier perd en effet au tour préliminaire contre le Levski Sofia (0-2, 2-2). S’en suivent des heures plus sombres et le modèle familial du club de quartier, parachuté en Serie A, commence à battre de l'aile. Entre 2014 et 2017, le Chievo, alors en manque de liquidités, est accusé de plus values fictives sur des jeunes joueurs en complicité avec le club de Cesena. Une situation qui amène le Tribunal Sportif Fédéral à sanctionner les mussi volanti de trois points de pénalités et d’une interdiction de mercato. Deux ans plus tard, en 2019, le club est rétrogradé sportivement en Serie B. Sauf que cette fois le sort s'acharne : en manquant de peu une remontée directe, le Chievo subit de plein fouet la crise sanitaire. Les finances sont exsangues et les 23 millions d’euros de dettes creusent définitivement sa tombe.

L’émotion est aujourd'hui palpable. Dans une interview accordée à La Reppublica, l’ex-président Campadelli a déploré la différence de traitement entre les clubs italiens. « Le football italien vit à crédit, mais seul le Chievo paie » a-t-il pesté (Article La Reppublica, 23 août). Le « bomber » local, Sergio Pellissier, qui s’était reconverti dans l’administration du club a quant à lui évoqué « l’un des jours les plus tristes de sa vie », quelques heures après s’être démené auprès de nombreux sponsors pour permettre au club de survivre. À quelques centaines de kilomètres de là, Stefano Pioli l’entraîneur du Milan AC qui avait entraîné le club gialloblu en 2010-2011 a « regretté que le rêve de tout un quartier ayant atteint les sommets se soit brisé » (Mediaset, 22 août). Des pétales d’espoirs entourent alors le Chievo Verone, ex-club des Perrotta, Giaccherini, Yepes, Bierhoff et autres Del Neri.

Sergio Pellissier, très attaché au patrimoine véronais, a déposé auprès de la FIGC un nouveau projet : celui du Chievo 1929. Comme l’a évoqué le maire de la ville Federico Sboarina qui s’y associe, l’idée première de ce projet serait à minima de maintenir l’activité des équipes jeunes, puis de fédérer les amoureux du Chievo dans le but de le faire renaître de ses cendres.

Une chose est sûre : pour l’heure, le derby de la Scala (un des cinq grands derbys d’Italie) n’animera plus les foules. En effet, le Chievo existait surtout comme l’ennemi discret de l’Hellas, le club le plus supporté de Vérone. Ils se quittent donc dos à dos avec sept victoires chacun pour cinq matchs nuls lors des dix-neuf derbys disputés.

Longtemps, les supporters de l’Hellas se moquaient de leurs rivaux en disant « qu’ils connaîtraient la première division lorsque les poules auraient des dents ». Les gallinacés ont eu les crocs, les ânes des ailes. Et comme disait la Gazzetta dello Sport cette semaine, « l’histoire retiendra que le Chievo est un quartier qui s’est un jour envolé pour atterrir sur la lune ». Fin du voyage. Hélas.


Docteur en Géographie Économique et ex-pigiste sportif, Cédric Cabanel (32 ans) est abonné à la revue After Foot.
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