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Les vérités que le monde du foot doit entendre

Portrait : Dragan Stojkovic Gratuit
Publié le 30 août 2021
Portrait : Dragan Stojkovic

Chaque semaine, un abonné de la revue dresse le portrait d'un footballeur qui ne l'a pas laissé indifférent. Aujourd'hui : Dragan Stojkovic.

20 décembre 1990. Aéroport de Belgrade. Un mec pousse son chariot de valises sur lesquelles trône un autre gars tout sourire, lunettes de soleil et jambe dans une atèle. Mon grand frère me dit « Regarde, c’est Stojko ». Dragan Stojkovic, l’actuel sélectionneur de la Serbie. Ce nom raisonne sûrement pour les plus âgés qui ont connu l’époque des romantiques venus de l’Est avec Hagi et Stoïchkov.

J’accoure, un autographe, pas de selfie à l’époque. J’ai toujours ce précieux bien rangé à la maison 30 ans après. Je venais de rencontrer l’idole. Le joueur qui m’avait fait kiffer le mondial italien.

Le footballeur alors le plus cher de la planète (49 millions de francs… soit 7,5 millions d’euros) venait de débarquer à l’OM. Avec Stojkovic, l’OM voyait sereinement son parcours en C1. Et puis, deuxième match de championnat, une blessure. Un genou à terre. Le feuilleton du retour de Dragan Stojkovic durera toute la saison pour se finir en finale de C1 à Bari en prolongations face à son ancien club, l’Etoile rouge.

Le meneur yougoslave, devenu rapidement Serbe suite à la décomposition de son pays, a fait ses armes à Belgrade. Il fait partie des grands noms du football yougo avec cette fâcheuse manie d’avoir un nom qui commence par S, comme Skoblar, Susic, Savicevic, Stankovic, Suker…

Né en 1965 à Nis dans le Sud-Est de la Serbie, Dragan est lâché dans le grand bain du championnat yougoslave dans le club de Radnicki Nis. 4 saisons, 70 matchs et seulement 8 buts plus tard, il est repéré par les recruteurs de Zvezda.

Il y débarque à 21 ans avec son surnom de cours d’école « Piksi », la petite souris d’un dessin animé capable de se faufiler rapidement partout. L’Europe va vite découvrir que ce surnom n’est pas usurpé.

Dragan Stojkovic c’est un pied droit magique, un pied gauche précis, des déplacements balle au pied toujours vers l’avant, des passes en profondeur à faire tomber les défenses sur le cul. Ses quatre saisons à l’Etoile rouge entre 1986 et 1990 (118 matchs et 54 buts), c’est deux championnats et une coupe de Yougoslavie.

Un Milan-Etoile Rouge épique en 1989

Il participera malheureusement sur le banc au 4-2 infligé au Real de Butrageno et Sanchez la saison précédente à Belgrade en ¼ de C1. L’année suivante, Stojko est le mec qui aura fait trembler à lui tout seul le Milan de Sacchi sur la route de son sacre européen en 1989. A San Siro à l’aller, après un cafouillage dans le milieu, Stojkovic récupère la balle, casse les reins deux fois à Baresi et Maldini et plante le pion du droit qui permet à son équipe d’ouvrir le score et ensuite de ramener le nul d’Italie.

C’est simple, à l’époque, qui que vous soyez, vous ne gagniez pas au Marakana. Au retour, le trio Rijkaard,-Gullit-Van Basten débarque à Belgrade avec obligation de l’emporter. Mais à la 50e Dragan Stojkovic ouvre le score après une course folle. Puis le brouillard arrête le match. Virtuellement éliminés, les Milanais sont tout heureux, l’UEFA décide de faire rejouer la rencontre le lendemain en faisant un reset sur le score…

Dans le troisième match donc, à Van Basten qui ouvre le score à la 35ème, la star de Belgrade répond 4 minutes plus tard d’une reprise du gauche ce coup-ci. Milan se qualifiera finalement aux tirs aux buts.

Finalement, Dragan Stojkovic c’est ça ! Il résout le problème tout seul. C’est dans son ADN, dans son caractère aussi qui fait de l’ombre à Savicevic et Prosinecki.

L’Espagne, grande victime du génie

Il arrivera même à attirer la lumière dans un effectif qui compte des Susic et Bazdarevic en équipe nationale. Son grand fait d’arme : le 8ème de finale du mundiale italien. «Comme Maradona avec l'Argentine, Stojkovic a fait la différence !» Ces propos sont de Luis Suarez le sélectionneur de l’Espagne dont l’équipe vient de se faire sortir par la Yougoslavie. Le bourreau se nomme Dragan Stojkovic et encore une fois pratiquement à lui seul. Il marque le doublé qualificatif avec la manière. Une feinte incroyable qui enrhume Zubi et son défenseur dans le temps réglementaire et un coup franc magistral dans les prolongations.

Le monde voit le prodige. Bernard Tapie est déjà dans la place pour le recruter.

Avec la sélection (84 matchs-15 buts), c’est le maître à jouer. Il mettra un terme à son maillot bleu en 2000 finissant sur un euro raté.

Le gars qui regarde la coupe

Il n’aura malheureusement remporté aucun titre majeur sur la scène internationale. Stojkovic, c’est le mec qui passe tout juste à côté. Certes, il est médaillé de bronze aux JO de Los Angeles en 1984, mais il est « trop vieux » pour faire partie des champions du monde juniors de 1987. Pire, avec l’OM en 1990, il n’est aligné qu’en fin de match et regarde ses anciens coéquipiers de l’Etoile Rouge remporter la C1 devant ses yeux. Seul trophée européen de son pays.

Qualifié à l’Euro 1992 sans aucune défaite, il est écarté de la compétition. Ils étaient favoris les yougos. Leur capitaine, Dragan Stojković espère avant le match contre la Hollande : «Nous ne parlons que de cet Euro où nous resterons compétitifs. Parce qu’au dernier moment nous réussirons l’union sacrée ». La guerre ravage tout. Dragan Stojkovic regarde le Danemark appelé au pied levé soulever la Coupe d’Europe.

Le Japon reconnaissant

En club, après une pige à Vérone puis un retour à l’OM, Stojkovic part au Japon rejoindre Arsène Wenger. Il y sera champion. Inscrivant 57 buts en 187 matchs avec le Nagoya Grampus Eight. Il aura été une star de ce championnat naissant en vue de la Coupe du Monde, remportant deux coupes de l’empereur et étant vice-champion entre 1994 et 2001.

Il met un terme à sa carrière pour enchainer sur le banc. Entraineur de Nagoya entre 2008 et 2013 (titre de champion, une Coupe et une Super Coupe) puis du club chinois de Guangzhou de 2015 à 2020 (4 titres de champion).

En 2009, une vidéo a fait le buzz sur le net. Alors entraineur de Nagoya, lors d’un arrêt de jeu, Dragan Stojkovic est le seul mec capable de marquer un but depuis son banc de touche d’une reprise magistrale. Dans ce geste, il y a tout Piksi. Le gamin qu’il est resté, le génie qu’il est, l’instinctif romantique.

Interrogé en 2011 par un media Serbe sur l’avenir d’Arsenal, Arsène Wenger le désigne « J’aimerai vraiment que Stojkovic me succède. Nous avons la même approche du football. Il monte des équipes portées sur l’attaque avec un vrai jeu de passes. »

Celui qui va essayer de qualifier son pays à la Coupe du monde au Qatar (dans le groupe du Portugal notamment) a le jeu offensif dans le sang. La Serbie peut avec Dragan Stojkovic, si elle arrive à garder un sélectionneur plus de deux ans, espérer. Avec un jeu autour du nouveau romantique « yougo » Dusan Tadic. Mais ça c’est une autre histoire…


Chargé de mission relations institutionnelles et JOP 2024 Red Star auprès de la DGS chez Mairie de Saint-Ouen-sur-Seine, Christophe Disic est également abonné à la revue After Foot.

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