Les vérités que le monde du foot doit entendre

Portrait : Socrates Gratuit
Publié le 24 septembre 2021
Portrait : Socrates

Chaque semaine, un abonné de la revue dresse le portrait d'un joueur de légende. Aujourd'hui : Socrates.

Nous sommes en été 1982 : je suis en fin de CM1 ma première coupe du monde – à cette époque , les matchs de football étaient très rares pour les clubs . Par contre cette coupe du Monde 82 avec 24 nations pour la première fois (au lieu de 16) est intégralement diffusée sur TF1 et Antenne 2.

Un soir , mon père me propose de regarder un match : Brésil - URSS. Je suis enfant et suivre un match de foot dans son intégralité est souvent soumis à une autorisation parentale (ce devait être un mardi). Mon père me relance « regarde, ça va bien jouer ! » ... Effectivement en regardant ce match, je me rends compte à quel point l'équipe affublée d'un maillot jaune manie le ballon d'une manière peu conventionnelle. Jeu tourné vers l'offensive, mouvements à une touche de balle, tentatives de dribbles incessantes, contournement de la défense adverse par appels et contre appels... Un régal.

Malgré tout, l'URSS mène sur un tir de loin, mal capté par le gardien. Le chronomètre tourne, mon père me dit que le Brésil commence mal sa coupe du monde. C'est alors qu'un miracle se produit. Vers la fin du match, je vois un joueur contrôler le ballon aux 30 mètres, éviter deux joueurs russes et envoyer une frappe enroulée et puissante de la même distance. Le ballon file dans la lucarne et le joueur lève les bras au ciel et laisse exprimer sa joie. Le commentateur désigne le joueur par son nom : SOCRATES.

Il est longiligne et porte une barbe noire assez épaisse : son physique détonne par une certaine classe. Les autres joueurs du Brésil sont de la même veine : Zico, Falcao, Eder, Junior... C'est Socrates qui est le capitaine du Brésil qui bat finalement l'URSS en toute fin de match sur un tir très puissant d'Eder. 2 - 1 : game over.

Je vais essayer par la suite de suivre la plupart des quatre autres matchs du Brésil : Ecosse, Nouvelle Zélande, Argentine et Italie (ce dernier match m'ayant fait écrire l'hommage à Daniel Riolo ou le peixe originel). L'élimination du Brésil sera une grande déception car plus la compétition avançait, plus j'espérais comme certains camarades de classe une finale France-Brésil (qui deviendra la finale type de toutes les récréations en 1982 et 1983)

Socrates revient plus tard en fin de 4ème : il joue un très bon premier tour, illumine de sa classe le match contre la Pologne... Il rate un tir au but contre la France comme Platini et Zico dans le match pour une coupe du monde où les matchs ont lieu à midi (pour ceux diffusés à 20h00 en France...)

J' ai toujours eu en mémoire les éclats de cette coupe du monde 1982 et cette équipe, avec ses joueurs, dont Socrates, reste une « madeleine de Proust » : c'est un très bon calmant !

Bien plus tard, vous apprenez que le grand Rai du PSG a pour frère... Socrates ( Est-ce si étonnant?)

Dans les années 2000 et 2010 , la création d'Internet nous permet alors de retrouver en une minute des matchs de cette époque et nous constatons alors que les admirateurs de Socrates et du Brésil 1982 se comptent par milliers… Et puis plus tard, je découvre que ce joueur n'était pas seulement footballeur : il officiait en tant que médecin au Brésil (d'où son surnom « le Docteur ») et il a activement contribué aux mouvements contre la dictature au Brésil et en instaurant dans son club la démocratie dite corinthienne (Corinthians) jusqu'à l'afficher pendant des matchs officiels.

Socrates est mort si jeune, des suites d'une longue maladie. Il reste pour moi une icône. Celle du footballeur-citoyen engagé qui démontre, par sa vie et son talent, que le football peut se jouer avec les pieds et le cerveau sur le terrain de football comme en dehors.


Professeur en second degré à Marseille, Thierry Herman (47 ans) est abonné à la revue After Foot.
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