Menu

Les vérités que le monde du foot doit entendre

Le foot international, c’était vraiment mieux avant ? Gratuit
Publié le 23 septembre 2021
Le foot international, c’était vraiment mieux avant ?

On entend souvent la formule « le foot, c’était mieux avant ». Je ne sais pas si cette phrase est vraie, ou s'il s'agit d'une question de génération, mais pour ma part, j’estime que le football international, celui des sélections, s’est affaibli au fil des ans.

Il y a peu de temps, Arsène Wenger a proposé de passer à une coupe du monde tous les deux ans. Je suis contre, car ces événements doivent rester rares, c’est suffisant une fois tous les quatre ans. En revanche, un aspect de sa proposition me convient : faire des trèves internationales plus longues, et donc moins fréquentes : pourquoi pas. En effet, les matchs de l’équipe de France font toujours autant de bonnes audiences quand ils passent à la télévision, y compris les matchs éliminatoires des grandes compétitions, comme c’est le cas en ce moment.

Mais ces téléspectateurs relèvent généralement davantage de l'amateurisme issus du grand public que des vrais fans de foot. L’une des raisons est probablement qu’il y a de plus en plus de matchs chaque saison, notamment les matchs de coupe d’Europe qui passionnent les fans, tout comme les championnats étrangers qui sont beaucoup plus visibles ces dernières années. Pour nous, les fans, les matchs internationaux ne deviennent intéressants que lors des phases finales. Mais là encore, certains estiment (à tort ou à raison, chacun jugera) que les coupes du monde et les euros sont devenus moins intéressants que la Ligue des champions. A titre personnel, je ne partage pas cet avis, car ces événements restent exceptionnels et se déroulent tous les quatre ans. Pourtant, je suis obligé de reconnaître que le niveau des équipes internationales n’est plus ce qu’il était.

Selon moi, le déclin s’est amorcé au milieu des années 2000, à l'issue de la coupe du monde 2006. Mon argument se base plus sur la qualité des joueurs que sur le niveau de jeu. Par exemple, les équipes Africaines ont baissé en qualité par rapport aux années 90. En 2018, il n’y avait aucune équipe africaine en 8e de finale, alors qu’en 1990, le Cameroun atteignait les quarts, et qu’en 1994, le Nigéria n’échouait qu’en 8e contre l’Italie. En 1998, Ce même Nigéria avait survolé son groupe avant de se faire écraser par le Danemark. Lors de cette même coupe du monde, le Maroc se faisait éliminer par penalty lors d'un Brésil-Norvège à la dernière minute du dernier match, tandis que le Cameroun était sorti pour un but injustement refusé contre le Chili. Ces mêmes Lions indomptables, champions olympiques en 2000, étaient battus en 2002 dès le premier tour par l’Allemagne et l’Irlande malgré un super effectif, alors que l’Afrique du Sud était uniquement éliminée à la différence de buts par le Paraguay. Seule le Sénégal fit un exploit cette année-là. Et en 2006, la Côte d’Ivoire de Drogba eut le malheur de tomber dans le groupe de l’Argentine et des Pays-Bas, ce qui ne lui laissa aucune chance, et seule le Ghana se qualifia au dépend des Tchèques.

Concernant le continent Sud-Américain, les Argentins connurent leur pic de niveau en 2006 avec l’équipe dirigée par Pekerman, équipe qui succéda à celles aussi exceptionnelles de Pasarella (98) et de Bielsa (2002). Depuis, l’Argentine est composée d’équipes déséquilibrées avec des attaquants extraordinaires, mais des défenseurs trop moyens. Le Brésil a également atteint son sommet en 2006 avec des joueurs comme Ronaldo, Ronaldinho et Kaka. Ces icônes ont depuis été remplacées par d’autres se prenant pour des stars, mais n’ayant jamais confirmé leur statut. C’est en revanche moins vrai pour l’Uruguay, voire pour la Colombie qui sont meilleures depuis les années 2010 que durant les années 2000. C’est l’exception qui confirme la règle. 

Quant à l’Europe, je pense aussi que dans un bon nombre de pays, les joueurs étaient meilleurs auparavant. Prenons la France : en 1998, les champions du monde titulaires étaient des cadres dans leur club, ce qui a moins été le cas pour l’équipe de 2018 où une partie des joueurs a commencé à décliner à l'issue du titre. Quant à l’Allemagne, bien qu’elle ait gagné en 2014, on a le sentiment que les joueurs de cette génération et leurs successeurs n’ont aucun caractère, notamment après la défaite, contrairement à leurs aînés (Matthaus, Efenberg, Kahn…). L’Italie a gagné l’euro 2021, mais les joueurs qui la composaient entre 1994 et 2006 étaient largement au-dessus. Il en va de même pour l’Angleterre entre 1998 et 2006, le Portugal entre 2000 et 2006 (malgré sa victoire à l’euro 2016), les Tchèques durant les Euros 96, 2000 et 2004, ainsi que la Hollande entre 1996 et 2006 avec un point d’orgue en 2004 (croisement entre la génération 1996-2000 et celle de 2006-2010). Seule l’Espagne s’est trouvée une équipe durant les années 2010 car le clubisme s’est effacé quelques années durant. Quant à des équipes comme la Roumanie ou la Serbie, elles n’ont pas su renouveler leur génération après une apogée survenue en 2000. La Croatie a de son côté connu une formidable génération 1996-1998, avant de subir un trou d’air jusqu’en 2018. Le seul continent à avoir progressé en vingt ans est l’Asie, notamment via les performances de la Corée et du Japon.

J’aurais pu remonter jusqu’aux années 1980 pour dire qu’à l’époque, les éliminatoires des coupes du monde et des euros étaient plus passionnants, car avant l’effondrement du bloc de l’Est, les équipes de cette partie de l’Europe étaient largement supérieures à ce qu’elles sont aujourd’hui, ce qui rendait le continent plus homogène. Mais cet aspect géopolitique sera peut-être le thème d’une prochaine contribution.


Supporter de l'OM, Jean-Baptiste (35 ans) habite aujourd'hui à Lyon et officie en tant que chargé de rédaction. Il est aujourd'hui abonné à la revue After Foot.
commentaireCommenter