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Les vérités que le monde du foot doit entendre

C'était la génération Platini Gratuit
Publié le 11 octobre 2021
C'était la génération Platini

A quoi ressemblait le monde avant l'existence de la Ligue des nations ? Retour sur une époque ou la France de Platini posait les bases des futures victoires des Bleus dans les compétitions officielles.

Il fut un temps où les rencontres dites « amicales » avaient une réelle valeur sportive ( à l’instar des tests matchs en Rugby ). Cette réalité a totalement disparu aujourd’hui, remplacée en Europe par la Ligue des nations pour des raisons sportives et économiques.

Le 25 novembre 1953, l’Angleterre fut battue pour la première fois par une équipe continentale, la Hongrie, dans son sanctuaire de Wembley, de surcroît sur un score de tennis, 6-3. Les Anglais, joueurs orgueilleux s’il en est, promirent de prendre une éclatante revanche. Le destin en décida autrement : six mois plus tard, devant 110 000 spectateurs au Nepstadion de Budapest, les Anglais furent atomisés 7-1. Le mythe de l’Angleterre meilleure sélection du monde toucha définitivement à sa fin.

En clubs on peut également mentionner quelques exemples notables. En août 1972, l’Ajax Amsterdam de Johan Cruyff infligea un 5-0 au Bayern Munich de Franz Beckenbauer. Au mois de mars 1973, en compétition officielle en quart de finale de la C1, les Bavarois furent à nouveau corrigés, cette fois-ci sur le score de 4-0. La vengeance est un plat qui se mange froid dit-on. Le 7 novembre 1978 au cours du jubilé Johan Cruyff, le Bayern Munich étrilla l’Ajax Amsterdam 8-0, Charles Corver refusant au passage 3 buts valables aux Bavarois.

En août 1980 le Real Madrid subit une des plus grandes humiliations de son histoire à l'issue d'un 9-1 particulièrement gratiné face au Bayern Munich. De même qu'en août 1988 et août 1990, lors de ces deux éditions du trophée Bernabeu, le Milan AC remporta deux victoires probantes contre le Real Madrid, 3-0 et 3-1.

En résumé s’y avait évidemment des matchs plus importants que d’autres, tous avaient de la valeur à l’époque, pour des raisons aussi bien sportives qu'économiques.

Avant de conquérir des victoires en compétitions officielles, notre équipe de France excella dans ce type de rencontres, au point que la génération Platini fut surnomma la « championne du monde des matchs amicaux ». Peut-être bien que tout commença avec Stefan Kovacs (deux fois vainqueurs de la C1 avec le grand Ajax en 1972 et 1973) qui prit le chevet de l’équipe de France en 1973 alors que celle-ci était une formation peu compétitive et qui faisait beaucoup de complexes face aux nations majeures. Le 7 septembre 1974 à Wroclaw, les joueurs de Stefan Kovacs affrontèrent la Pologne (brillante troisième de la coupe du monde 1974 en RFA quelques semaines plus tôt) qui avait battu de grandes sélections comme l’Angleterre, l’Argentine, l’Italie, la Suède, la Yougoslavie, le Brésil. L’outsider français remporta une belle victoire contre le favori polonais 2-0 grâce à des buts de Christian Coste de Jean-François Jodar. Stefan Kovacs ne parvint cependant pas à qualifier les Bleus pour l’Euro 1976, devancés dans leur groupe par la Belgique et la RDA. Toutefois l'effectif se montra à son aise dans les rencontres amicales comme l’atteste la victoire 2-0 contre la Hongrie (demi-finaliste de l’Euro 1972 trois ans plus tôt), en mars 1975, ou les victoires contre des équipes de clubs prestigieux (les Bleus en disputèrent plusieurs entre 1974 et 1984), 1-0 contre l’Ajax Amsterdam en avril 1974 (but d’Henri Michel), 4-2 devant le Benfica d’Eusebio en août 1974, 3-1 face au Real Madrid de Gunter Netzer et Paul Breitner en août 1975, ouverture du score d’Henri Michel et doublé de Dominique Rocheteau.

En 1976 l’adjoint de Stefan Kovacs, Michel Hidalgo, prit les rênes de la sélection et profita de l’avènement de Michel Platini. Les Bleus confirmèrent leurs bonnes dispositions dans les rencontres amicales face à des équipes de prestige. En avril 1976 à Lens, les Bleus battirent à nouveau la Pologne 2-0. En août 1976; l’équipe de France effectua au Parc des Princes une prestation éblouissante contre Moenchengladbach, une des quatre meilleures équipes de clubs des années 1970, et l’emporta 5-0. En 1977 en février 1977 pour l’une des dernières sélections de Franz Beckenbauer, la RFA s’inclina 1-0 devant les Bleus avec un but d’Olivier Rouyer. A la fin du mois de juin 1977 les joueurs de Michel Hidalgo effectuèrent une tournée en Amérique du Sud pour y affronter les deux ténors du continent qu sont l’Argentine et le Brésil. Les bleus signèrent deux belles prestations : 0-0 à Buenos Aires, 2-2 dans le mythique Maracanã après avoir été menés 2-0, avec des buts de Marius Trésor et Didier Six.

En août 1977 face au Hambourg SV, vainqueur de la C2 quelques mois plus tôt, l’équipe de France s’imposa 4-2 grâce notamment à un triplé de Platini, pied droit, pied gauche, tête. Qualifiés pour la première phase de coupe du monde depuis 12 ans, les Bleus préparèrent le mondial argentin en disputant 5 rencontres entre les mois de février et mai 1978. Le 8 février à Naples, la France fut menée 2-0 à la mi-temps par la Squadra Azzura. La seconde mi-temps fut bien meilleure : Bathenay réduisit la marque, Michel Platini égalisa sur coup franc, et aurait pu permettre aux Bleus de l’emporter si un coup franc valable n’avait pas été refusé par l’arbitre.

En mars 1978 à Paris la France reçoit le Portugal, qui l’avait battu 2-1 en mars 1973 avec un doublé d’Eusebio et 2-0 en avril 1975 à Colombes. Cette fois-ci avec une ossature nantaise, les Français battent les lusitaniens 2-0. En avril 1978 à Paris la France battit pour la première fois de son histoire le Brésil sur le score de 1-0 avec un but en fin de match de Michel Platini. En mai 1978 à Toulouse les Bleus affrontèrent l’Iran championne d’Asie 3 fois consécutivement en 1968, 1972 et 1976. Les Coqs s’imposèrent 2-1. Quelques jours plus tard les Bleus affrontèrent à Lille la Tunisie qui, dans son groupe, donnera beaucoup de fil à retordre à la RFA et à la Pologne. Nouvelle victoire, cette fois-ci sur le score de 2-0. Intégrés dans un groupe très relevé en Argentine, les Français firent bonne figure mais ne parvinrent pas à se qualifier pour la deuxième phase, s’inclinant 2-1 face à l’Argentine et l’Italie, et remportant pour l’honneur une victoire 3-1 avec la manière contre la Hongrie. Après cette déception les Français confirmèrent la dynamique contre des équipes de prestiges en rencontres amicales.

En août 1978 face à Anderlecht (vainqueur de la C2 et de la supercoupe d’Europe en 1976 et 1978, et finaliste de la C2 en 1977), les Français s’imposèrent 1-0 grâce à un but de Didier Six. Nouvelle victoire 1-0 en novembre 1978, cette fois-ci contre L’Espagne avec un but de Leonard Specht. En 1979, les USA qui cherchaient à s’affirmer comme une grande puissance footballistique, affrontèrent deux fois notre équipe de France. En mai à New York ils furent atomisés 6-0 avec un triplé de Bernard Lacombe, puis en octobre 1979 battus moins sévèrement à Paris 3-0. En août 1979 nos Bleus remportèrent une belle victoire 4-1 contre le Bayern Munich de Karl-Heinz Rummenigge avec 4 buts de joueurs stéphanois : Larios, Lopez, Zimako et Platini.

En février 1980 à Paris les Français recevaient la Grèce, qualifiée pour le premier Euro à 8 en Italie, et ce après avoir terminés en tête de son groupe devant la Hongrie et l’URSS. La fomation hellénique subit une lourde défaite 5-1 avec un doublé de Platini et des buts des débutants Didier Christophe et Yannick Stopyra. En août 1980 la France battit la Juventus 1-0 grâce à un but de son ailier très rapide, Jacques Zimako. Qualifiée pour la coupe du monde en Espagne en 1982 après s’être extirpée du groupe le plus relevé de la zone Europe comprenant la Belgique, les Pays-Bas et l’Eire de Liam Brady, la France affronta le 23 février 1982 au Parc des Princes la Squadra Azzura qu’elle n’avait plus battu depuis 1920, soit 62 ans. Les Bleus remportèrent une belle victoire 2-0 avec les buts d’un Platini éblouissant, et du débutant de 19 ans, Daniel Bravo.

Après une brillante coupe du monde espagnole, et ce malgré une quatrième place avec comme point d’orgue la mythique demi-finale de Séville contre la RFA, la France se prépara pendant deux ans pour remporter l’Euro qu’elle organisait à domicile. En octobre 1982 elle battit 1-0 les Hongrois grâce à un but du débutant Laurent Roussey. En novembre 1982 les Bleus s’imposèrent 2-1 à Rotterdam contre les Pays-Bas avec des buts de Battiston et Platini. Suivirent deux belles et larges victoires : 3-0 en février 1983 à Guimaraes dans le Minho devant le Portugal, 4-0 à Paris en avril 1983 face à la Yougoslavie. En août 1983 à Toulouse face aux Uruguayens du Penarol Montevideo, vainqueurs de la Copa Libertadores et la coupe intercontinentale 1982, les Bleus s’imposèrent 1-0 grâce à un but dès la première minute de Jean-Marc Ferreri. Dans la dernière ligne droite de leur préparation entre février et mai 1984, les Bleus remportèrent 4 victoires, 1-0 en mars à Bordeaux contre l’Autriche avec un but de Rocheteau, 2-0 devant l’Ecosse à Marseille, et deux très savoureuses victoires : 2-0 le 29 février à Paris contre l’Angleterre avec un doublé de Platini, 1-0 le 18 avril à Strasbourg face à la RFA grâce à un but de Bernard Genghni.  L’été 1984 fut celui des premières victoires du football français. Les Bleus conquirent l’Euro à la maison grâce à un Platini stratosphérique, alors que l’équipe de France avec Henri Michel comme coach et le duo d’attaquants-buteurs Xuereb-Bruisson remporta la médaille d’or au tournoi olympique de football à Los Angeles en août 1984. L’objectif suivant était ambitieux, simple et suivait une progression continue : conquérir la couronne mondiale au Mexique en juin 1986. En août 1985 à Paris lors de la finale intercontinentale une brillante équipe de France battit 2-0 l’Uruguay d’Enzo Francescoli avec des buts de Rocheteau et Touré. Deux mois avant le démarrage de la coupe du monde mexicaine, le 26 mars 1986 à Paris, une équipe de France sans Platini et Giresse, battit très logiquement sur le score de 2-0 l’Argentine de Maradona, avec des buts de Jean-Marc Ferreri et Philippe Vercruysse.

A la lumière de cette rétrospective que dire de la génération Platini « championne du monde des matchs amicaux  1976-1986 » ? Les esprits les plus critiques diraient qu’elle était capable de battre n’importe qui dans les rencontres sans enjeux, mais qu'elle demeurait incapable de remporter les matchs les plus importants à la différence de la RFA, l’Italie, l’Argentine. Un diagnostic quelque peu caricatural car, rappelons-le, c’est avec cette génération que l’équipe de France conquit ses premiers titres en 1984 : l’Euro et la médaille d’or olympique.

Ensuite, il convient de contextualiser l'apport de cette génération sur un plan historique. En 1976 la France appartient déjà au passé et n’a rien fait de notable depuis 70 ans sur la scène internationale. 1958 me direz-vous ? Une épopée sans lendemain qui ne fut pas à l’origine d’une dynamique auréolée de gloire. A quoi servirent ces nombreuses victoires contre des équipes prestigieuses entre 1976 et 1986 ? Ma thèse est qu’elles servirent à décomplexer le footballeur français, à lui faire prendre conscience qu’il pouvait battre les meilleurs. Pour moi les victoires en Coupe du monde de 1998 et 2018 trouvent leur origines dans :

  1. La France championne du monde des matchs amicaux 1976-1986, où les Bleus comprirent qu’ils pouvaient battre les meilleurs alors qu’auparavant ils avaient beaucoup de complexes.
  2. les excellents résultats des Bleus entre 1982 et 1986, avec les coupes du monde en Espagne et au Mexique, l'Euro en France et les JO de Los Angeles. Nos Bleus prirent conscience qu’ils pouvaient être compétitifs sur la durée et pas seulement réaliser une épopée sans lendemain comme en 1958 en Suède.
  3. l’exportation de nos meilleurs joueurs dans les clubs des 4 championnats les plus compétitifs : l'Italie, l'Angleterre, l'Espagne et l'Allemagne. Ils apprirent l’exigence du football de très haut niveau, l’hyper-professionnalisme, la culture de la victoire.

On regrettera seulement que la Ligue des nations n’existait pas au temps de la génération Platini qui l’aurait, c’est quasiment certain, conquise au moins une fois... voire plus.


Victor Martins, abonné à la revue l’After foot, est historien du sport indépendant. Il est l'auteur de 11 ouvrages à ce jour sur les grands clubs européen aux éditions Sydney Laurent sous le pseudonyme d’Antonio Camacho.
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