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Laporta et l'identité perdue du Barça Gratuit
Publié le 13 octobre 2021
Laporta et l'identité perdue du Barça

La déchéance du club catalan est le fruit d’une politique qui a tourné le dos aux racines de son succès. Il lui faut maintenant cultiver à nouveau ce qui a fait sa force pour retrouver les sommets.

25 novembre 2012. Le Barça joue un match de Liga à Levante, la deuxième équipe de Valence. Tito Vilanova aligne un 11 de départ qui compte 10 joueurs issus de la Masia - le nom de cette maison de campagne de trois cents ans collée au Camp Nou où les enfants du centre de formation dormaient entre 1979 et 2011.

Les buts étaient protégés par Valdés. En défense : Alba, Piqué, Puyol et Alves, seul intrus invité à la fête. Au milieu : Busquets, Xavi et Cesc. Et devant : Messi accompagné de Pedro et Iniesta. 10 joueurs qui allaient bientôt faire onze quand Dani laisse sa place à cause d’une blessure à la 14ème minute à Montoya. Pour la première fois, le F.C. Barcelone jouait avec onze joueurs formés au club. Son entraineur, Tito Vilanova, était lui aussi un enfant de la maison.

18 avril 2018. Lors d’un match sans enjeu ou presque en Liga, Valverde aligne un onze sans aucun joueur formé au Club afin de préserver Alba, Piqué, Sergi Roberto, Busquets, Iniesta et Messi pour la finale de la Coupe du Roi quatre jours plus tard.

Ce soir là, sous une pluie diluvienne à Vigo, Ter Stegen dans les buts, Semedo, Yerry Mina, Vermaelen et Digne en défense, Paulinho, André Gomes et Denis Suarez au milieu du terrain, Alcacer, Coutinho et Dembélé devant défendent les couleurs blaugrana. Le grand écart. Un symptôme de que le Barça perdait le nord.

Messi, qui n’est plus là pour cacher la forêt, le dénonça à sa manière deux mois plus tard dans Sport :  « La confiance envers le centre de formation s’est un petit peu perdue. Des jeunes importants sont partis, et c’est bizarre que cela arrive dans le meilleur club du monde ». Eric Garcia, Mboula, ou Sergio Gomez avaient pris le chemin de City, Monaco et Dortmund. Des trois, seul le premier est revenu au Barça. Les deux autres jouent à Mallorca et Anderlecht.

Pourquoi regretter le départ de ces talents s’ils ne jouent pas aujourd’hui dans des clubs de classe mondiale ? Parce qu’ils connaissent l’ADN du Club. Ils savent à la perfection comment interpréter le jeu de position azulgrana. Pour ceux qui dorment dans le centre de formation, ils apprennent des plus vieux au cours des soirées passées ensemble. Imaginez les gamins de treize ou quinze ans qui côtoient Gavi, ce tout nouvel international de 17 ans, tous les midis au self. Bien entendu qu’ils vont apprendre. Tout comme les joueurs de l’équipe professionnelle formés à la Masia qui intègrent les nouveaux venus. Et comme en son temps Thierry Henry, qui a avoué avoir dû apprendre à jouer un autre football. Il était pourtant champion du monde et une star à Arsenal !

Ces joueurs formés au club sont donc les gardiens du temple du jeu azulgrana, de son identité, de ses valeurs accrochées au mur du centre de formation : humilité, effort, ambition, respect, travail en équipe. Le tout regroupé sous l’acronyme HEART, "coeur" en anglais. Le tout permettant d'insuffler, en plus du travail, la passion nécessaire pour durer, s’amuser et se dépasser. Le Barça, après des années à déprécier ses talents faits maison, veut récupérer cette essence. D’une part parce que cette formation fait partie des piliers de sa spécificité, avec son ancrage en Catalogne et les activités à caractère sociale réalisées par sa fondation et ses clubs de supporters, les penyas.

D’autre part, c’est évidemment très rentable. Le centre de formation coûte douze à quinze millions d’euros par an. S’il ne sort ne serait-ce qu’un ou deux remplaçants par an, c’est toujours ça en moins à débourser. Surtout quand on voit les sommes engagées par le Barça pour des joueurs moyens ces dernières années : 42 millions d’euros pour Malcom, 20 millions pour Junior Firpo… Xavier Vilajoana, ancien membre du comité directeur de 2015 à 2021 en charge de la Masia, avait d’ailleurs un objectif clair : avoir un effectif composé à 80% de joueurs formés au club en défense et au milieu. Soit 50% de l’effectif total. De quoi gagner du temps dans l’apprentissage et la transmission... et en matière de gestion de budget. Carles Aleña, parti à Getafe, était par exemple très régulièrement interviewé dès ses débuts par la presse catalane. Pourquoi ? Parce qu’il connaissait à la perfection les codes d’une institution qu’il fréquentait depuis ses sept ans.

Enfin, parce que le Barça est ruiné, à force d’avoir trop oublié son identité. Sportivement, il vient de perdre pour la première fois de son histoire ses deux premiers matchs de poule de Ligue des Champions. Les deux, sans appel, sur le score de 3-0 à domicile contre le Bayern et au Da Luz de Benfica. Les oiseaux de mauvais augure prédisent même qu’il sera difficile pour le F.C. Barcelone de terminer dans les quatre premiers du championnat pour se qualifier en LDC la saison prochaine. Luuk De Jong est la nouvelle tête de turc des supporters du Barça : troisième attaquant de Séville, sans avenir là-bas, il a signé le dernier jour du mercato pour remplacer Griezmann. Le Hollandais n’a pourtant pas du tout le profil Barça. Dani Senabre, chroniqueur à la Cope, l’appelle Luke de Tronk, jeu de mot pour tronc d’arbre. Un footballeur à mille lieux du jeu de mouvement du club azulgrana.

Mais Laporta n’avait plus un sou dans la caisse pour recruter. Car le Barça est aussi au bord de la faillite économique. Le crédit de Goldman Sachs de 595 millions d’euros est utilisé, selon le site spécialisé Palco 23, pour payer les salaires des joueurs et les fournisseurs. L’institution catalane n’a pas signé un nouveau contrat à Messi, même si le doute subsiste de savoir si les raisons sont économiques ou sportives. Gerard Piqué a du baissé son salaire de manière drastique pour inscrire Memphis Depay et Eric Garcia auprès de la Liga. Enfin le club aurait largement eu de quoi rénover son stade (une promesse pour 2021) s’il n’avait pas investi 500 millions d’euros pour Dembélé, Coutinho et Griezmann.

Le Barça de Laporta a donc lancé très rapidement la campagne « Més que », en référence au slogan « Més que Un Club », pour récupérer les valeurs du Barça. La revue disitribuée aux socios fait quant à elle sa Une cette semaine sur la « Dream Teen », ces adolescents qui sont la promesse d’un futur brillant pour le Barça comme Ansu Fati ou Gavi. Un clin d’oeil à la « Dream Team » de Johan Cruyff qui a remporté la première Ligue des Champions du Club en 1992.

Assiste-t-on à un retour à l’identité pour récupérer la voie du succès ?

Ansu Fati sort d’un an sans jouer à la suite d'une importante exposition. De même pour Pedri, qui a enchainé 73 matchs et qui, depuis ses vacances de septembre, ne met plus un pied devant l’autre sur les terrains. Aujourd’hui, le risque est grand pour Gavi, qui en un mois est passé des U19 du Barça à un statut de titulaire indiscutable au Barça et à la Roja.

Le F.C. Barcelone doit donc donner du temps à ses jeunes. Comme un jardin trop longtemps laissé à l’abandon, il doit prendre le temps de le voir grandir petit à petit. Et espérer que ses nouveaux jardiniers seront à la hauteur de la tâche. Les anciens ont tous été virés au 30 juin, remplacés par des hommes de confiance de Laporta et de son entourage.

Avec l’espoir de revoir, qui sait un jour, un onze composé uniquement de joueurs de la Masia, ou trois finalistes au Ballon d’Or issus du centre de formation comme Messi, Iniesta et Xavi en 2010.


Contributeur à afterfoot.media, Olivier Goldstein a tout plaqué à quarante ans pour devenir journaliste sportif. Tout sauf la passion et l'ambition.
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