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Alexandre Villaplane : SS in Uruguay Gratuit
Publié le 18 octobre 2021
Alexandre Villaplane : SS in Uruguay

Découvrez le sordide destin d'Alexandre Villaplane, capitaine de l'Equipe de France lors du premier Mondial de l’histoire en Uruguay avant de rejoindre les rangs de la Gestapo française.

Le 13 juillet 1930 l’Équipe de France ouvre la toute première Coupe du monde en Uruguay par une victoire 4-1 sur le Mexique. Capitaine des Bleus depuis le début de l’année, le défenseur Alexandre Villaplane fait figure de cadre avec ses 23 sélections depuis 1926 et vit le sommet de sa carrière sportive. Plus dure sera la chute…

Né en 1905 à Alger, il débarque en métropole avec son oncle, à Sète, à l’âge de 16 ans. Surdoué, surclassé pour l’occasion, il fait ses débuts dès l’année suivante en équipe première du club local, l’un des clubs phare du football français : à une époque où le championnat de France n’existe pas encore, le FC Sète remporte chaque année la Division d’honneur du Sud-Est depuis sa création et n’a pas d’égal dans le sud de la France. Bien qu’encore junior, Villaplane participe à l’épopée qui amène le club en finale de la Coupe de France 1923.

Auteur de performances remarquables, il est remarqué par la Fédération et connaît sa première sélection en équipe de France en 1926 contre la Belgique et s’impose immédiatement comme un titulaire indiscutable qui va l’amener à participer aux JO d’Amsterdam (1928). Après une escapade au SC Nîmes, il signe au Racing Club de France. Animé par son moteur, l’argent, Villaplane trouve à Paris le plus beau des terrains de jeu, hors-stade. Il s’y révèle comme le roi des nuits parisiennes et des champs de course, développant des relations peu recommandables.

Après une belle Coupe du monde 1930 où les Bleus sont néanmoins éliminés dès les poules par l’Argentine, sa carrière, alors au sommet, bat de l’aile, perturbée par son appât du gain. Il succombe aux sirènes d’Antibes en 1932 lors de la création du Championnat de France professionnel mais est contraint de quitter le club après un scandale de match truqué ; il doit ensuite quitter l’OGC Nice après une saison déplorable durant laquelle il n’aura été que l’ombre de lui-même. Sa réputation dans le milieu du football français est désormais terrible : plus personne ne veut de lui. Nice relégué en D2, il doit partir. Il tente de rebondir à l’Hispano-Bastidienne de Bordeaux, en D2, où l’entraîneur mythique Victor Gibson lui offre une dernière chance. Mais l’expérience, une fois de plus, tourne au fiasco, car il ne terminera même pas la saison. Au bout de trois mois, il est licencié pour ses absences répétées. Nous sommes en 1935 et ses 25 sélections en équipe de France ne sont déjà qu’un lointain souvenir. Villaplane est perdu pour le football. Ses seules apparitions dans les journaux se font désormais dans les pages des faits divers. La saison 1934-35 n’est même pas encore terminée qu’il est condamné à 6 mois de prison pour tentative d’escroquerie dans une affaire de paris truqués dans les hippodromes de Paris et de la Côte d’Azur. C’est la fin, brutale, de sa carrière sportive…

Dès la fin de sa carrière, Villaplane plonge définitivement dans le grand banditisme, ce qui lui vaut jusqu’en 1940, des séjours prolongés à la prison de la Santé. C’est là qu’il se trouve lorsqu’il est libéré par Henri Lafont, dangereux multi-récidiviste qui a choisi le parti de la collaboration avec les Allemands pour s’assurer l’impunité. Celui-ci recrute une bande de repris de justice pour mettre Paris sous sa coupe. La bande dite de Bonny et Lafont, dite de la Gestapo française, est née. Sa devise : « Ni communistes, ni fascistes mais pognonistes. »… Arrestations, perquisitions, détentions s’opèrent sans aucun contrôle de l’autorité allemande qui ne s’immisce pas dans les affaires de ces Messieurs et qui ne prend en charge que les malheureux que Lafont consent à lui livrer. Pillage des biens juifs, récupération d’or, des bijoux de valeur, chasse aux patriotes, luttes contre les maquisards sont les moindres actions de cette équipe de tueurs à la solde des Allemands qui les chargent des hautes et basses œuvres de leur justice, enlèvements, tortures, exécutions, disparitions des traces de crimes. Des milliers de patriotes passeront par les locaux du 93 rue Lauriston et y seront torturés, voire carrément assassinés. La chasse aux valeurs est des plus motivantes, car très lucrative pour les permanents. Villaplane n’est pas le moins zélé de la bande.

Il prend du galon en février 44 lorsque Lafont crée la Brigade Nord Africaine, force supplétive de l’Armée allemande formée de 300 membres d’origine nord-africaine, tout comme Alexandre Villaplane, qui opère en Dordogne sous l’uniforme SS contre les maquisards. On peut suivre le parcours de cette bande sanguinaire au travers de multiples massacres, à commencer par ceux de Brantôme (26 otages exécutés) ou de Mussidan (52 otages exécutés), où il s’illustre personnellement en exécutant 10 otages de ses mains, dont un enfant de 13 ans. Bien plus qu’une unité de répression chargée de lutter contre la Résistance, la BNA est une entreprise terroriste, qui constitue l’instrument de terreur de la Gestapo sur les habitants du département. Durant les 5 mois de sa présence en Dordogne, la brigade emploie une violence extrême pour débusquer, voler, violer et assassiner les Français soupçonnés à tort ou à raison de résistance au régime nazi.

Mais le vent a tourné. Paris lutte pour sa libération, et Villaplane est arrêté le 24 août 44 durant les combats. Après un procès, il est fusillé au fort de Montrouge le 26 décembre 1944 avec toute la bande. Ironie du sort, le fort de Montrouge où il est fusillé est situé en face du vieux stade Buffalo, où il affronta l’Irlande du Nord avec le maillot bleu avant qu’il ne passe du côté obscur de la force, mû par son goût de l’argent facile…



Frédérik Legat est historien du sport, spécialiste des enjeux géopolitiques du football, auteur des Destins maudits du football (2020) et de Les plus grands exploits de la Coupe du monde(2021) aux éditions Spinelle et contributeur régulier de la page footnostalgie. Il est abonné à la revue After Foot.
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