Les vérités que le monde du foot doit entendre

Faut-il nationaliser le foot ? Gratuit
Publié le 27 octobre 2021
Faut-il nationaliser le foot ?

Faut-il prendre exemple sur les politiques de nationalisation d'entreprises en les transposant aux clubs pour sauver leur identité ?

Nous voyons récemment plusieurs clubs se faire racheter ou cherchant un nouvel actionnaire.

Prenons le cas très récent de Newcastle - ce club historique d’Angleterre vient tout juste d’accueillir le prince héritier saoudien (via le fonds souverain PIF) pour un chèque de 400 millions d’euros (probablement insignifiant pour ce fonds souverains…).

Nous avons tous vu les images des fans anglais devant St James Park craquer quelques fumigènes pour fêter leur nouveau propriétaire. Ils ont de quoi être heureux, les Magpies sont actuellement 19ème de Premier League avec trois petits points, et l’arrivée de PIF qui a un certain pouvoir financier ne peut que satisfaire les supporters.

Cependant, tous ne sont pas heureux à craquer des fumigènes, les 19 autres clubs de Premier League commencent à comprendre ce que cela impliquera, surtout les clubs du top 5-6 qui voient en Newcastle un concurrent supplémentaire aux places de Champions League.

En effet avec une enveloppe de 200 millions d’euros (on ne parle plus que de 60 millions d’euros) pour cet hiver, Newcastle pourra commencer à se construire une équipe 4 étoiles pour être plus compétitif, mais pas seulement. C’est finalement 18 clubs de PL qui ont voté (Manchester City, connaissant bien le sujet, s’est abstenu de voter contre) pour bloquer Newcastle de signer des contrats de sponsoring avec l’Arabie Saoudite et donc d’éviter des rentrées massives d’argent dans le but de les réinvestir sur le mercato (pour contourner le FFP ?).

Les autres objectifs du Prince…

Étant avant-dernier de PL, le Prince sait très bien que cette année sera plus une bataille pour le maintient qu’une place en Champions League. On peut alors se demander ce qui motive le Prince : pourquoi Newcastle, ou pourquoi la PL, quels sont ses objectifs « cachés » ?

En achetant un tel club il est clair que l’Arabie saoudite y voit sa vitrine dans le meilleur championnat du monde. On imagine bien dans un ou deux ans une équipe de stars de Newcastle luttant avec Liverpool, City, Chelsea et United pour un titre, essayer de se frayer un chemin dans les phases éliminatoires de la Champions League mais surtout de faire gagner quelques millions et d’implanter l’Arabie saoudite en Angleterre ou en Europe (après le Qatar en France, les fonds US en Italie, en Espagne). La guerre est bien déclarée entre le Qatar et l’Arabie saoudite et ce depuis quelques années.

Le succès des pourparlers entre la ligue anglaise et les Saoudiens arrivent après plusieurs mois de conflits entre les deux pays du Golfe (une histoire de droits TV au Moyen-Orient), maintenant l’Arabie saoudite va pouvoir s’engouffrer dans cette brèche pour rattraper son retard sur son rival. Il faut recontextualiser les choses ; les Qataris sont présents dans le foot (PSG, Coupe du Monde), la F1 (depuis plusieurs années maintenant) ou encore la TV avec la chaine BeIN. Ils ont plusieurs longueurs d’avance sur les Saoudiens, les Américains ou les Chinois.

Nous avons l’impression que le foot devient un enjeu géopolitique (voir de softpower), un peu comme le jeu Risk où l’on place ses pions pour conquérir les pays et continents, mais au lieu de prendre les armes, certains pays s’emparent d’un média TV, d’un club, d’une entreprise etc...

Les supporters sont alors cantonnés au rôle de spectateur de ces « guerres », des clubs passent de main en main sans forcément l’avis des fans ; mais qu’en pensent-ils eux ? Car il n’y a pas que l’aspect financier, il y a l’identité du club qui doit être préserver et peu importe le prix.

Un risque de perdre, petit à petit, un football qui appartient aux supporters ?

L’information peut paraître choquante mais il ne reste plus que six clubs de Premier League appartenant majoritairement à des Anglais (Norwich, Brighton, Brentford, Cristal Palace, Tottenham et West Ham). Le pays qui a inventé le foot devient petit à petit, année après année, une ligue que les grands multimillionnaires s’arrachent, ce foot-business international ne risque-t-il pas de tuer notre sport ?

Reprenons l’exemple de Newcastle et des fans célébrant l’arrivée du Prince, nous n’avons pas encore parlé de ceux qui sont contre cette arrivée, car il y en a forcément. Ces fans qui ont du mal à laisser leur club entre les mains d’un riche héritier étranger, qui est bien loin du froid de Newcastle, parce qu’ils craignent que leur club perde son identité, son essence, son ADN. Il est également compréhensible d’être réticent à l’idée que son club passe sous pavillon saoudien pour seul objectif de faire armes égales avec le Qatar.

Cette problématique me semble légitime et extrêmement importante car l’identité de club ou son histoire, sont des choses qui fédèrent les supporters et égratigner cela serait faire affront à tout un club, à toute une ville.

L’arrivée des Saoudiens à la tête de Newcastle peut-elle altérer cet ADN, ou même entacher l’histoire de ce club mythique du nord de l’Angleterre (peut-être est-ce déjà le cas avec les problèmes soulevés par plusieurs ONG de défense des droits de l’Homme) ? Cette question ne s’applique pas qu’aux Saoudiens mais bien à l’ensemble des nouveaux propriétaires qui arrivent en Europe pour racheter des clubs, Ligues ou autres médias. Alors quoi faire pour éviter le pire ?

La proposition d’une politique actionnariale

Il existe pour tout type de fonds d’investissement comme le fonds saoudien PIF, des politiques d’investissement. Ces politiques servent de ligne directrice et ne doivent en aucun cas être transgressées (sous peine de grosses amendes). Par exemple, il est souvent mentionné dans ces politiques l’interdiction d’investir dans les armes, dans certains pays à risque (par exemple impossible d’investir en Corée du Nord), ou encore d’investir dans des matières premières issues de la déforestation. Ainsi, l’investisseur qui y place son argent est rassuré de voir que son argent n’est pas investi quelque part en Corée du Nord, dans une entreprise qui fabrique et vend des armes ou une entreprise qui vend des cigarettes. Sa conscience est ainsi rassurée et son éthique toujours immaculée.

Pourquoi ne pas prendre exemple sur ces politiques et de les transposer aux clubs, aux ligues ? Il y aura alors des « lois » internes à suivre.

Un club décidera d’écrire dans ses statuts différentes règles à suivre et s’interdire l’arrivée d’un actionnaire étranger, ou alors autoriser l’arrivée d’un actionnaire étranger seulement s’il valide certains critères : connait-il notre club ? Connait-il notre histoire, nos anciens joueurs, notre culture, cet investisseur est-il blanc comme neige (en gros, quelle est la source de ses revenus) ? On peut imaginer une charte à respecter avant de valider un rachat dans le but de protéger les clubs, les fans et cet ADN si cher aux passionnés.

Prenons l’exemple du club de Bilbao, qui ne recrute que des joueurs basques (Espagne et France) ou ayant été formé dans un club basque. Quelle serait la réaction des supporters si un prince héritier étranger rachète plus de 50% du club et décide de recruter un non basque, voir de créer une équipe XXL de joueurs étrangers ? Cette proposition pourrait éviter ce genre de problème.

Mais interdire le rachat du club par un ou plusieurs actionnaires simplement parce qu’il est ou sont étrangers peut paraitre radicale. Dans ce cas pourquoi ne pas autoriser ce rachat si et seulement s’ils ne détiennent pas plus de 25% du club (pourcentage arbitraire on pourrait prendre 20% ou 30%) afin qu’ils restent minoritaires dans les prises de décision du club. On évitera alors que des clubs passent sous pavillon étranger, cette forme de protectionnisme permettrait de maintenir des ligues où la majorité des clubs sont encore détenus par des Anglais si nous sommes en PL, ou Français en Ligue 1.

Cette proposition n’a pas pour vocation à faire la chasse aux riches étrangers qui détiennent nos clubs, ils font partis désormais de cet environnement, les clubs et les supporters doivent faire avec et accepter cette « intrusion ». Ils apportent argent, renommé, attractivité, ambition et le plus souvent une sérénité financière. Cette idée a pour seul but de protéger et pérenniser l’identité des clubs.


Geoffroy Reyjal (28 ans) est supporter du PSG mais aussi fan des sports US. Il est abonné à la revue After Foot.
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