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OL-OM : un cran de plus dans la répression ? Gratuit
Publié le 22 novembre 2021
OL-OM : un cran de plus dans la répression ?

La 14e journée de Ligue 1 s’est terminée par un fiasco dimanche 21 novembre après un jet de bouteille sur Dimitri Payet. Un événement qui traduit un manque de répression dans notre cher football français ?

D’abord, prenons les précautions d’usages et rappelons fermement que la violence, quelle qu’elle soit, n’a rien à faire dans les stades de foot. Les violences, il faut toutes les condamner : que ce soit la violence physique ou la violence verbale. Que ce soit les insultes racistes ou les chants homophobes (dont, rappelons-le, au fort de la polémique il y a deux ans, nombreux étaient les suiveurs du ballon rond à relativiser ces chants et à minimiser la violence ressentie par ceux qui se sentaient concernés.) Et surtout, qui pour dénoncer la violence des dirigeants ? Lorsqu’ils décident de balayer d’un revers de main toute l’histoire d’un club ? En changeant de logo ? En rendant le foot élitiste ? En y changeant la nature ? En y incluant de nouvelles règles ou en gérant les clubs avec tellement d’incompétence que cela remet en question leurs existences ? Cette violence, elle n’a de symbolique que le nom et il serait grand temps de la considérer de la même façon que les incidents du match de dimanche.

La répression à tout prix : une si bonne idée ?

Depuis les incidents du match Nice-OM. Les journalistes et consultants n’ont qu’une solution à proposer « Exclusion à vie pour les fauteurs de troubles. » Comme si retrouver les coupables et les pendre par les couilles sur la place publique suffirait, par miracle, à freiner les pulsions de certains supporters nerveux. Or, si comparaison n’est pas raison, le fameux gimmick de l’after « Le foot est le reflet de la société », nous permet une petite analyse. Au niveau de leurs systèmes de justice, les pays affichant les politiques les plus répressives (les Etats-Unis en tête) ont des taux de criminalité aussi élevés si ce n’est pas bien plus important que la France. Croire qu’il suffit de punir plus sévèrement pour dissuader est une illusion, un mensonge ou une paresse intellectuelle. Pour poursuivre ce raisonnement, on remarque que ce sont justement les pays qui ont mis en place des peines alternatives à la détention (comme les pays du nord de l’Europe, par exemple) qui enregistrent les taux de criminalité les plus bas en Europe.

En soi, je ne suis pas contre l’idée de punir avec sévérité les criminels des stades, mais imagnier que cela serait suffisant à supprimer voire endiguer cet excès de violence revient à se méprendre sur le phénomène qui lui, n’est pas individuel, mais semble tendre vers quelque chose de structurel. C’est aussi déresponsabiliser les acteurs du monde du foot, dirigeants en têtes, qui ont construit en partie à ce climat de violence.

Et si l’on tentait de ressortir de tout cela par le haut ?

Alors, quelle alternative ? Se cacher derrière la « société qui rend violent » serait montrer une certaine forme de fatalisme et sous-estimer le monde du foot, capable de résilience. Depuis quelques mois, et même sans doute plus encore, le supporter de foot est raillé, moqué, caricaturé en une personne bête et violente. L’amalgame est fait entre une poignée de mecs aux crânes rasés et ceux qui veulent simplement passer un moment sympa avec leurs amis, leurs familles en chantant fort leurs couleurs. Certains supporters se sentent ainsi dépossédés de leurs clubs, de leurs histoires. On commence par leur retirer certains droits qu’ils avaient eus au fil du temps, ça finit en changeant un logo, en modifiant le chant à l’entrée des joueurs ou en augmentant les tarifs des places et des maillots. Alors, à force de retirer cette partie d’identité, le supporter se retrouve sans repères et se désinvestit. Certains d’entre-eux en viennent à ne plus percevoir le problème consistant à monter sur une pelouse. Peu importe si cela desservira le club, de toute façon, le club s’en fout d’eux…

Et si la solution ne venait pas de là ? Et si plutôt que de faire du supporter un problème, on en fesait une solution ? Une piste de réflexion pour sortir par le haut de cette difficulté serait de responsabiliser à nouveau les supporters, par leurs associations, en leur donnant de nouvelles prérogatives. Il serait temps que le slogan « les supporters restent, les dirigeants passent », prenne tout son sens. Impliquer les supporters dans la gestion d’un club en revient à les responsabiliser quant aux problèmes qui auront lieu dans les tribunes. Face à la violence, la meilleure réponse à avoir, c’est la démocratie.

A méditer.


Marc Defays, belge passionné de foot français et de démocratie.
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