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Les ballons d'or les plus emblématiques (et polémiques) de l'histoire Gratuit
Publié le 29 novembre 2021
Les ballons d'or les plus emblématiques (et polémiques) de l'histoire

Ce lundi 29 novembre sera connu le nom du Ballon d’or 2021. Retour sur quelques attributions du précieux sésame qui, par le passé, suscitèrent de nombreux débats et polémiques.

3 points séparèrent en 1956 le premier vainqueur du ballon d’or, Slanley Matthews (47 points) de son dauphin Alfredo Di Stefano (44 points). L’argentin alors âgé de 30 ans avait déjà une belle carrière derrière lui à River Plate et aux Millonarios Bogota et évoluait au Real Madrid depuis trois ans. Il avait comme principal atout d’avoir conquis cette même année la première coupe d’Europe des clubs champions de l’histoire avec les Merengues. Cependant Le jury de France-Football lui préféra le brillant ailier anglais de 41 ans, véritable sorcier du dribble, qui jouera jusqu’à cinquante ans dans deux clubs relativement modestes du football anglais (Stoke City et Blackpool) et qui se distinguait régulièrement au cours de plusieurs rencontres internationales avec la sélection anglaise, notamment lors d’une très belle victoire 4-2 contre le Brésil.

En 1960, c'est le brillant meneur de jeu du FC Barcelone, Luis Suarez, qui remporta le ballon d’or avec 17 points sur Ferenc Puskas. Jouait en sa faveur le fait d’avoir remporté une deuxième Liga consécutive avec les Blaugranas et d’être le brillant chef d’orchestre de cette équipe offensive coachée par Helenio Herrera. Pourtant, Ferenc Puskas avait remporté la coupe d’Europe des clubs champions avec le Real Madrid en marquant notamment 4 buts en finale contre l’Eintracht Francfort. Certains observateurs affirmèrent à l’époque que cette défaite du Major Galopant fut une mesure de rétorsion politique des jurys des pays communistes de FF : Ferenc Puskas étant considéré comme un traître, un déserteur ayant fui la Hongrie en 1956 pour se vendre aux capitalistes de l’Europe de l’ouest.

En 1962, le jeune Eusebio, 20 ans, joua un rôle fondamental dans la conquête de la deuxième coupe d’Europe des clubs champions du Benfica de Bela Guttmann qui battit notamment le meilleur club allemand de l’époque, le FC Nuremberg ,avec un 6-0 à la Luz en quart de finale, les Spurs de Tottenham en demi-finale et le Real Madrid en finale avec une magnifique victoire 5-3 et un doublé d’Eusebio. Le jeune mozambicain de 20 ans terminera pourtant à la deuxième place à 12 points du tchécoslovaque, Josef Masoput, le brillant milieu de terrain de la Tchécoslovaquie, surprenante finaliste de la coupe du monde au Chili battue en finale par le Brésil de Garrincha. Josef Masoput qui évoluait au Dukla Prague avait un profil similaire à un Pavel Nedved : c'était un milieu de terrain très complet.

En 1964, Luis Suarez (qui évoluait dorénavant à l’Internazionale toujours sous les ordres d’Helenio Herrara) semblait destiné à conquérir un deuxième ballon d’or après celui de 1960. Il avait en effet conquis avec les Nerazzuri la coupe d’Europe des clubs champions, la coupe intercontinentale, et le championnat d’Europe des nations avec l’Espagne. Il termina pourtant à la deuxième place à 18 points de l’attaquant écossais de Manchester United, Denis Law, un superbe buteur qui marqua de très nombreux buts au cours de sa carrière avec Manchester United et l’Ecosse, mais également avec Manchester City et le Torino.

En 1965, le brillant Giancinto Faccheti incarnait le prototype du défenseur italien à la fois très rigoureux et très offensif capable de marquer une dizaine de buts par saison. Il était un très fort candidat au BO 1965 car l’Internazionale avait conquis trois trophées majeurs : le scudetto, la coupe d’Europe des clubs champions et la coupe intercontinentale. Facchetti termina pourtant à la deuxième place à 8 points d’Eusebio, l’attaquant de Benfica et du Portugal. Le jury de FF récompensa en quelque sorte Benfica vainqueur « moral » de la C1 de 1965 ou les Aigles avaient perdu en finale à San Siro sur le terrain de l’Inter, sur une pelouse qui ressemblait plus une piscine ou ils avaient évolué à 10 pendant 35 minutes suite à la blessure de leur portier Costa Perreira. Eusebio avait terminé meilleur de la compétition avec 9 buts, s’était illustré en quart de finale lors de la raclée 5-1 contre le Real Madrid à la Luz, et avait permis au Portugal de se qualifier pour la première fois de son histoire en coupe du monde en marquant 7 buts dans un groupe compliqué comprenant la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Turquie.

En 1966, Eusebio rata d’un cheveu la conquête d’un deuxième ballon d’or consécutif. Il termina meilleur buteur de la coupe du monde anglaise avec 9 buts, compétition où le Portugal signa la meilleure attaque et une brillante troisième place. Néanmoins Eusebio se classa à la deuxième place à un petit point de l'anglais Bobby Charlton vainqueur de ladite coupe du monde. De manière assez paradoxale, nul ne fut prophète en son pays. Parmi les cinq joueurs nominés, le jury anglais vota pour 3 joueurs anglais, mais pas pour Bobby Charlton. Le jury portugais fit encore « pire » : il vota en premier pour Bobby Chartlon et en second pour Eusebio qui en voudra toute sa vie à Fernando Couto e Silva. Bien qu’acquise avec un écart infime, la victoire de Bobby Charlton sur Eusebio présentait une certaine logique puisqu'en demi-finale de la coupe du monde, l’Angleterre avait battu le Portugal 2-1, doublé de Bobby Charlton et but sur penalty d’Eusebio, alors qu’en quart de finale de la C1 Manchester United avait surclassé Benfica en remportant les deux duels, 3-2 à Old Trafford et surtout 5-1 à la Luz.

Bobby Charlton aurait pu remporter un deuxième ballon d’or en 1968. Cependant il termina à la deuxième place à 8 points de George Best. Les deux avaient conquis la C1 en finale en battant le Benfica d’Eusebio. Bobby Chartlon avait réalisé un doublé en finale. Toutefois George Best fut le meilleure buteur du championnat anglais avec 29 buts. Ce dernier était certes un joueur moins régulier et constant que Bobby Charlton, mais avait davantage de génie, un côté imprévisible, presque diabolique. Et en termes d’image, Bobby Charlton incarnait la vieille Angleterre là où George Best était plus en phase avec les swinging sixties, jeune et rebelle : celle des Beatles et des Rolling Stones.

En 1969, l’Italie se déchira pour le Ballon d’or, Gianni Rivera contre Luigi Riva. 4 points séparèrent le brillant meneur de jeu du Milan AC du buteur de Galgiari. Joua en faveur de Gianni Rivera la victoire en C1 ou les Rossoneri avaient notamment battu les deux derniers vainqueurs de la compétition, le Celtic Glasgow et Manchester United, et en finale un jeune Ajax Amsterdam qui montait en puissance. Gianni Rivera s’était l’intelligence technique, l’élégance, la classe à l’état pur. Luigi Riva ce fut plus de 200 buts en série A avec le modeste Calgiari, club sarde avec lequel il réussira l’exploit de conquérir le scudetto en 1970, et 35 buts avec la Squadra Azzura en 42 sélections.

En 1972, quatre superbes joueurs postulèrent pour la victoire au Ballon d'or et se tinrent en 8 points. Johan Cruyff, vainqueur la saison précédente, termina à la quatrième place avec 73 points malgré la conquête de 5 titres avec l’Ajax, championnat, coupe nationale aux Pays-Bas, et à l’international, Coupe d’Europe des clubs champions, supercoupe d’Europe et coupe intercontinental. Le sublime numéro 14 fut victime de la féroce concurrence allemande, la RFA ayant remporté avec brio l’Euro 1972. Deux joueurs terminèrent ex aequo à la deuxième place avec 79 points, Gunter Netzer le brillant meneur de jeu de la NM et Moenchengladbach, et Gerd Muller le buteur impitoyable de la NM et du Bayern Munich. L’heureux vainqueur fut Franz Beckenbauer avec 81 points, incarnation du libéro très offensif qui déclenchait les attaques de la Nationalmannschaft et du Bayern Munich. Avec les critères d’aujourd’hui Gerd Muller aurait remporté haut la main le BO 1972. 40 buts en Bundesliga au cours de la saison 1971-1972, un quadruplé contre l’URSS lors de l’inauguration de l’olympiastadion de Munich, un doublé en demi-finale de l’euro contre la Belgique, un doublé en finale contre l’URSS. Toutefois, l’image joua en faveur de Beckenbauer, son élégance physique, son physique de latin lover, en opposition à la beauté toute germanique de Gunter Netzer et à l’allure pataude et timide de Der Bomber.

En 1974, le duel pour le Ballon d’or opposa Franz Beckenbauer et Johan Cruyff. Le Kaiser conquit en 1974 la Bundesliga, la coupe d’Europe des clubs champions et la coupe du monde. Pourtant il ne termina qu’à la deuxième place à 11 points de Johan Cruyff qui ne « conquit » que la Liga que le FC Barcelone attendait depuis 14 ans, mais incarna les sublimes Pays-Bas, finalistes de la coupe du monde 1974, leur magnifique football total, face à une RFA vainqueur de l’épreuve, très disciplinée sur le plan collectif et tactique, très efficace et réaliste, mais qui fit moins rêver le jury de FF.

En 1977 les trois premiers du Ballon d’or se tinrent en 4 points. Michel Platini alors âgé de 22 ans termina à la troisième place avec 70 points, réussissant à amener le modeste club de l’AS Nancy-Lorraine à la quatrième place du championnat France, et marquant de nombreux buts avec l’équipe de France qui se qualifia pour la coupe du monde après 12 ans d’attente. Kevin Keegan termina à la deuxième place avec 71 points malgré le fait d’avoir conquis le championnat d’Angleterre et la C1 avec les Reds de Liverpool. Le vainqueur fut l’attaquant danois de Moenchengladbach, Allan Simonsen, avec 74 points. Il avait pourtant perdu la finale de la C1 devant Liverpool. Toutefois le jury de FF récompensa le buteur danois car il incarnait la ThorFabrik de Moenchengladbach, l’équipe la plus offensive du football mondial dans les années 1970 qui remporta notamment 5 fois la Bundesliga et 2 fois la C3.

En 1992 l’ombrageux et talentueux attaquant bulgare du FC Barcelone de Johan Cruyff, Hristo Stoichkov, pensait conquérir le BO après avoir conquis le Liga et la première ligue des champions de l’histoire des Blaugranas. Hélas pour lui, Hristo Stoichkov termina deuxième à 18 points de Marco Van Basten qui remporta de la sorte son troisième BO après ceux de 1988 et 1989, après avoir terminé meilleur de la série A avec 25 buts (une superbe performance à l’époque ), et marquer à quelques jours de l’attribution du Ballon d'or un quadruplé en ligue des champions devant l’IFK Goteborg. Hristo Stoickov remportera le trophée deux ans plus tard.

En 2000 Zinédine Zidane apparaît comme le grand favori pour conquérir son deuxième Ballon d'or après celui de 1998. A l’Euro 2000, il a été éblouissant, bien plus que deux ans plus tôt en coupe du monde où il se distingua surtout en finale de coupe du monde. Il joua un rôle fondamental dans la conquête du deuxième Euro de l’histoire des Bleus. Cependant deux cartons rouges à la fin de l’année civile 2000 viennent ternir l’image du génial meneur de jeu français. Il ne terminera qu’à la deuxième place à 16 points de l’ailier portugais Luis Figo, dépositaire de jeu du FC Barcelone pendant cinq saisons ( 1995-2000 ), à l’origine d’un transfert record pour l’époque (400 millions de francs), transitant du FC Barcelone vers le Real Madrid.

En 2006, la Squadra Azzura conquit la coupe du monde. Ce fut Fabio Cannavaro qui remporta le Ballon d'or, alors que bon nombre d’observateurs l’auraient plutôt décerné à son dauphin, Gianluigi Buffon, également champion du monde, et auteur d’une carrière plus brillante.

2008-2019 fut la décennie Messi-Cristiano Ronaldo, une période où les performances individuelles stratosphériques des deux extraterrestres séduisit le jury de FF, et prima plusieurs fois sur les victoires collectives, à l’image de l’air du temps ou l’individualisme capitaliste et libéral se substitue aux valeurs collectives. L’Espagne conquit l’Euro en 2008 et 2012, la coupe du monde en 2010 mais aucun joueur espagnol ne fut jamais récompensé, ni Xavi, ni Iniesta, Sergio Ramos ou Iker Casillas. Le Bayern Munich conquit avec brio la Ligue des champions en 2013 et 2020, l’Allemagne la coupe du monde en 2014, le Liverpool de Jurgen Klopp la Ligue des champions en 2019, mais aucun joueur de ces équipes ne remporta le précieux sésame, ni Franck Ribéry, ni Manuel Neuer, ni Virgil van Dijk, ni Robert Lewandowski.

Comme on peut le constater tout au long de son histoire l’attribution du Ballon d'or a souvent suscité de nombreuses débats passionnés et controversés. Il en sera toujours ainsi. Bonne chance par conséquent à Robert, Karim, Lionel et à tous les autres.


Victor Martins, abonné à la revue l’After foot, est historien du sport indépendant. Il est l'auteur de 11 ouvrages à ce jour sur les grands clubs européen aux éditions Sydney Laurent sous le pseudonyme d’Antonio Camacho.
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