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Maldini, une dynastie milanaise Gratuit
Publié le 15 novembre 2021
Maldini, une dynastie milanaise

Le but le 25 septembre dernier de Daniel à 19 ans, fils de Paolo et petit-fils de Cesare, peut faire rêver la Curva Sud. Car lorsqu'un Maldini représente le Milan AC, les rossoneri vibrent. Souvenirs d’une dynastie de talent qui conjugue trophées et espoir.

18 scudetti, 5 coupes et 7 supercoupes d’Italie, 7 ligues des champions, 2 coupes des coupes, 5 supercoupes d’Europe et 1 Coupe du monde des clubs. Quand on égraine le palmarès du Milan AC, c’est le vertige. Seul, le Real Madrid, la Juventus et l’Inter font mieux sur les scènes européennes ou italiennes. Mais il commence à y avoir de la poussière sur l’étagère. Les rossoneri quittent progressivement une décennie compliquée, avec seulement trois triomphes et de plus rares apparitions sur la scène continentale. Entre 1986 et 2000 sous la gouvernance de Silvio Berlusconi, il en avait remporté seize dont trois C1. Bien sûr les forces ont changé et l’organigramme du club de la direction aux joueurs a muté. Malgré ça, quel amoureux du football peut oublier certains sommets visités grâce aux élèves de Sacchi (Baresi, Gullit, Rijkaard), à la machine de Cappello (Boban, Desailly, Van Basten) ou encore aux batailles d’Ancelotti (Dida, Gattuso, Schevchenko).

Depuis soixante ans cette armoire est ornée d’un dénominateur commun. Sur les 45 grandes dernières consécrations du club, 32 ont été glanées avec un Maldini joueur ou entraîneur. 7 l’ont été par le père Cesare et 25 par le fils Paolo, tous deux patrons de l’arrière garde lombarde. Une histoire dans l’histoire qui aurait pu se conclure en 2009, lorsque la Bestia interrompait sa carrière. C’était sans compter sur la tête victorieuse de Daniel Maldini le 25 septembre dernier à la Spezia. Première titularisation en Serie A, premier but en professionnel et surtout premier visage offensif pour un Maldini. Le nouveau chromosome d’une lignée milanaise dorée.

Cesare, le bâtisseur

L’épopée des Maldini débute en 1952 à la Triestina, premier club à faire confiance à Cesare en Serie A. À seulement 22 ans il en est déjà le capitaine, signe d’un talent précoce. Il y fera ses gammes pendant trente-deux matchs. Les émissaires du Milan AC ne laissent pas passer l’occasion et l’engagent dès la saison 1954-55. La pleurésie qui l’handicape au début de son parcours professionnel s’éloigne, le succès, lui, se rapproche.

Très vite intégré à la rotation de Béla Guttmann, Cesare Maldini est champion d’Italie dès 1955. Il récidivera en 1957, 59 et 62. Les caps sont avalés du léché de son toucher de balle. Le latéral de formation qui contrôle désormais l’axe rossonero glane le brassard de capitaine en 1961. Dès le 22 mai 1963, il soulève à Wembley la première Coupe des Clubs Champions du club. Le palmarès de Maldini 1er s’étoffe comme les sollicitations. 14 sélections nationales, 6 au cours desquelles il jouit du capitanat, mais une participation à une coupe du monde ratée (en 1962 au Chili), sont néanmoins les symboles d’une relation contrariée avec la nazionale. Une carrière faîte de 466 matchs (il finit sa carrière au Torino en 1967) et de trois buts. Dans le costume du mister, il mène aussi l’Italie espoir à la conquête de trois Euros (1992-94-96). Des succès construits sur la panchina du Milan en 1973-74, de laquelle il remporte la première Coupe d’Italie et la seule Coupe des Coupes du club. Le Milan AC se rappelle ainsi que parmi les six grandes compétitions historiques que disputent toujours les clubs aujourd’hui, deux ont été remportées pour la première fois grâce à Cesare Maldini.

Paolo, la légende

Mais pour asseoir une réputation, il faut une figure et de l’élégance. C’est celle de Paolo, un joueur bandiera, (qui n’a eu qu’un seul maillot dans sa vie) en rouge et noir dès l’âge de dix ans. Droitier, replacé arrière gauche à douze ans lors de ses premiers pas au Milan, Paolo s’entraîne sans relâche jusqu’à ce que l’on ne distingue plus son meilleur pied (So Foot, 18 Août 2017). À seize ans, l’ambidextre sidère déjà Franco Barresi autre légende du club à côté de qui il est titulaire indiscutable. Auréolé d’une première C1 à seulement 23 ans, il est très vite un défenseur subjuguant qui concasse les plus grands attaquants alors en activité, comme Stoickhov et Romario lors de la finale européenne de 1994 remportée contre la dream team du Barça (4-0). Ce sera selon lui, le plus beau match de l’histoire du Milan AC. Trois ans plus tard, le brassard de capitaine au bras, plus rien ne retient le second des Maldini. Facilités balle au pied, anticipation, vitesse, endurance et gabarit, viennent forger une impressionnante longévité au plus haut niveau.

Paolo Maldini est le grand libéro des années 1980-90 et un défenseur moderne et agile, tout à la fois. Bilan : 902 matchs (le plus capé du club), 126 sélections, 5 C1, 5 supercoupes d’Europe, 7 championnats, 1 coupe d’Italie, pour seulement deux cartons rouges ! Parmi les ombres, on relèvera s’il le faut, un palmarès vierge avec la Squadra Azzurra malgré une finale de Coupe du Monde en 1994 et une relation tendue avec la Curva Sud qu’il n’a jamais hésité à titiller, récoltant parfois la foudre des ultras. Il reste donc la légende incarnée, certainement le plus grand défenseur central et le plus grand joueur du Milan AC de tous les temps. Même les rivaux éternels de l’Inter ne s’y trompent pas. À sa retraite en 2009, une banderole descend de la Curva Nord : « Maldini, pendant 20 ans notre rival, pendant 20 ans toujours loyal ».

Daniel, l’héritier

Dix ans après son père, Daniel fait donc partie de la génération qui peut chasser les nuages de San Siro. Malgré des changements de direction répétés et des finances en chantier, le Milan rebondit doucement depuis 2018. Pour cela, il peut compter sur son aura éternel pour attirer des stars (Bonnucci, Ibrahimovic, Giroud) et construire progressivement sous la houlette de Stefano Pioli un des plus jeunes et prometteur effectif d’Italie (Hernandez, Tonali, Leao). Les Maldini, eux, ont connu depuis des fortunes diverses. Cesare disparaît en 2016 à 84 ans, Paolo devient le directeur sportif du club en 2018, tandis que son fils aîné Christian doit se résoudre à la Série D dès 2017. Et, avec Daniel sur le terrain, la magie dynastique pourrait se poursuivre. Ce serait un cas à part.

Plusieurs exemples d’héritages footballistiques existent entre un père et son fils (Laudrup, Cruyff, Simeone), ses fils (Mazinho avec Rafinha et Tiago Alcantara, Zidane avec Enzo, Luca et Théo) ou entre frères (Charlton, Touré, Hazard). Des passations formelles ont aussi eu lieu, comme le remplacement en 1996 lors d’une rencontre internationale en Islande d’Armor Gudjohnsen (34 ans) par son fils Eidur (17 ans). Mais peu sont des legs sur trois générations (hormis Marquitos, Marcos Alonso Pena et Marcos Alonso) et encore moins avec le succès des italiens (sauf deux victoires en C1 pour Manuel Sanchis Hontiguelo et Martinez et pour Carlos et Sergio Busquets). Daniel semble donc face à un mur de statistiques qui réserve quand même des perspectives. D’abord freiné par une blessure en février 2021 et barré par les concurrences successives de Calhanoglu et Diaz, il se retrouve désormais dans la rotation des milieux offensifs, ce qui lui a permis de se frotter à la Juve et à Liverpool cette année. Les buts, peut-être la seule ligne encore quasiment vierge où Daniel peut réduire le poids de l’héritage. Pour fêter sa première réalisation, la Gazzetta dello Sport ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Elle a barré sa légendaire une rose de trois mots en rouge et noir : Maldini pour toujours.


Docteur en Géographie et ex-pigiste sportif, Cédric Cabanel (32 ans) est abonné à la revue After Foot.
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