Les vérités que le monde du foot doit entendre

Le foot comme vecteur d’intégration Gratuit
Publié le 28 décembre 2021
Le foot comme vecteur d’intégration

Le football, souvent perçu par la « bourgeoisie des centres villes » comme un sport de voyous, de racailles ou uniquement de cité, est avant tout un sport générateur de culture commune. L'édito de Clément Dubois.

Depuis la fin des années 1980, face à la crise du lien social, le foot a régulièrement été présenté comme un levier d’intégration sociale dans certains quartiers populaires.

La désorganisation sociale est constatée dans de nombreuses zones « oubliées » par les politiques publiques (Epinal, Vénissieux, Marseille, la Seine Saint Denis, le Val de Marne, mais aussi certaines zones rurales).

L’intégration demeure un but, une visée essentielle, les jeunes ayant besoin de se raccrocher à cette voie, les individus doivent s’inscrire dans une solidarité organique, en adhérant à des buts et des valeurs républicaines que les règles de la vie en société imposent.

Les travaux de recherche sur le terrain (pas dans le café Pouchkine ou dans les salons bobos de la Cité internationale de Lyon ou au Negresco de Nice) exhortent à penser le jeu de football non comme un défouloir mais plutôt comme le résultat d’un processus de socialisation.

Le football est créateur de culture commune, tant du point de vue des émotions (rappelez-vous vos souvenirs d’enfance, vos joies, vos déceptions…), de l’identification (les maillots, la culture ultra, les chants de supporters…), que du plaisir d’être ensemble, de partager quelque chose de commun.

Le football devient, dès lors, une forme de vivre ensemble, de mixité, d’émotions partagées. En un mot, il est un moteur de cohésion sociale.

Christian Bromberger décrit l’équipe de football comme le reflet, certes idéalisé, de la pluralité des populations et des appartenances.

Le football incarne les principes d’identité locale et forme régulièrement un bouclier face à la stigmatisation dont certains font l’objet (les Cht’is derrière Lens, les ultras de tous les clubs, la province face à la capitale, les campagnes face aux villes…).

Le pouvoir intégrateur des clubs est réel pour les populations fragilisées. Dès lors le joueur de foot a un devoir d’exemplarité vis-à-vis du club qu’il incarne (prenez Gerrard à Liverpool, Maldini à Milan, Puyol à Barcelone, Kimpembe au PSG…), sous peine d’engendrer le rejet (souvenez-vous Valbuena lors de son passage de l’OM à l’OL, Fiorèse ou Déhu passés du PSG au club ennemi de l’OM...).

En effet, le club de foot permet de s’intégrer dans une communauté grâce à des repères, des personnes auxquelles on s’identifie… Les enfants feront l’expérience de la vie de groupe, les relations au sein de son équipe de football seront durables (on est copains de classe, on s’invite les uns chez les autres, aux mariages, aux anniversaires…), la solidarité se construit, des vocations naissent.

Enfin, les clubs de foot représentent un espace important entre la famille et l’école pour les jeunes et ne constituent pas une institution. Bien qu’il y ait des règles de conduite à observer, les enjeux et la pression y sont moins forts, la participation et la présence facultative mais on s’y forme, en tant qu’être humain, que professionnel, que citoyen. Il peut permettre de trouver le chemin de la réussite.

Le football permet d’inculquer des valeurs essentielles : humilité, partage, esprit d’équipe, tolérance, écoute, discipline, solidarité, respect des autres et de soi, volonté, liberté, exemplarité, passion, fraternité, amitié…

Tout ceci ne signifie pas que le terrain de foot est exempt de violences ou d’incivilités mais il demeure un lieu de respect, de culture commune, de vivre ensemble.

Le football est un formidable vecteur éducatif et mériterait qu’on l’intègre réellement dans le débat public. Il ne devrait pas être uniquement considéré sous le prisme de la compétition, car il est bien plus que cela.


Historien de formation, Clément Dubois (36 ans) travaille à la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de Handball. Arbitre, joueur de foot, de handball et de tennis, il supporte le PSG et demeure l'un des abonné de la première heure à la revue de l’After.
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