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L'identité heureuse

Oui, le football est identitaire... Mais est-ce vraiment un problème ? L'édito de Daniel Riolo et Gilbert Bribois.

Par quelle acrobatie identité est-il devenu un gros mot ? Qui a décidé que demander à quelqu’un d’où il venait relevait du racisme ? Le « wokisme » est une maladie grave, une pandémie à endiguer. Étrange paradoxe que cette époque où, dans le même temps, on jure tous, la main sur le cœur, qu’on est fier de ses origines…

Revendiquer son identité, est-ce un désir d’adhésion ou un rejet de l’autre ? L’histoire des idées politiques a beaucoup louvoyé à ce sujet. Chahutée de tous bords, l’idée commune s’est stabilisée aujourd’hui, qui consiste à penser que l’identité est un concept de droite. Pour les internationalistes de l’extrême gauche (LFI et associés), c’est même un truc de facho. Mais on a encore le droit de combattre cette étroitesse d’esprit, cet enfermement idéologique et cette disqualification.

Dans les années 1980, trop occupée à promouvoir la diversité et le multiculturalisme, la gauche française a abandonné les idées nationale et identitaire. Le FN s’est jeté dessus. La droite traditionnelle française, elle, a couru derrière. Trop tard. Pour l’intelligentsia, l’identité est restée trop longtemps un objet restreint et étriqué, qui rimait avec frontières, armée, service militaire. C’était « la voix des nations et c’est la voix du sang » de Jacques Brel. Le sang, c’était « le sang impur » de La Marseillaise, dont on ne voulait pas contextualiser les paroles. La chanter, ce n’est pas bien, ne pas la chanter, c’est mal, selon les époques, ça varie. On n’en voulait pas à Platini de ne pas la chanter mais, vingt ans plus tard, on en veut à Benzema de ne pas le faire. On se perd. On s’est perdu.

Et le foot dans tout ça ? Eh bien, il apparaît comme une juxtaposition d’identités. On pourrait presque dire qu’il n’est que ça. Les Catalans du Barça. Les Basques de Bilbao. Les logos qu’on ne doit pas toucher. Les fameuses valeurs de tel ou tel club. On sacralise le moment des hymnes. Les joueurs entrent sur la pelouse, se mettent en rang, chantent la main sur le cœur. On vibre devant la télé. La pub et on revient. C’est devenu un spectacle à part entière. En 2014, lors de « leur » Coupe du monde, en faisant durer l’hymne et en le terminant a cappella, les Brésiliens en avaient fait un instant de communion nationale. Les larmes en prime (time).

Au foot, on aime son club, son joueur local, son identité de jeu, aussi. Tout est bon pourvu qu’on affirme son appartenance, son camp, sa culture, sa religion, sa binationalité. Revendiquer sans exclure. Affirmer et ne pas imposer. C’est la nuance qui s’impose…

Le foot est conservateur. On déteste le progressisme libéral de la Super League. On aime les histoires de derby et les petites haines ordinaires qui vont avec. En Alsace, on préfère quand ce sont des Alsaciens qui dirigent le Racing. Les clubs européens affichent de plus en plus leur méfiance à l’égard des investisseurs étrangers. Au mieux on les tolère, s’ils ne touchent pas à l’identité du club. C’est parfois flou, mais entre nous, on se comprend. Dans la lutte contre la Super League, les Anglais, en plein Brexit, ont été les plus virulents, rejetant l’idée de supranationalité. Le supporter britannique hurlait : « Allez donc à Bruxelles voir si les règles européennes acceptent votre Super League, nous, on n’en veut pas chez nous ! »

« La guerre, les fusils en moins », écrivait George Orwell, en décembre 1945, dans la revue Tribune, à propos de la tournée du Dynamo de Moscou en Grande-Bretagne, qui permit aux joueurs soviétiques de se mesurer aux sportifs britanniques. L’histoire du foot est pleine de ces histoires de récupération politique, d’instrumentalisation, voire d’affrontements entre supporters rivaux. Reste qu’il rapproche plus souvent qu’il ne divise. L’identité du foot est positive.

Le foot est identitaire et, à vrai dire, ça ne nous pose pas de problème.

Daniel RIOLO
Daniel RIOLO

Journaliste et animateur historique de l'After Foot, il est surtout connu pour rester zen face aux insultes sur Twitter.

Gilbert BRISBOIS
Gilbert BRISBOIS

Animateur vedette de l'After Foot, il essaye toujours de rester calme et objectif pour peu qu'on ne parle pas du RC Strasbourg.

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