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Salazar, Fado, Fátima, football et fantasmes

Cinquante ans après la chute du salazarisme, le supposé intérêt du dictateur pour le football continue d’animer les apéros de nombreux Portugais. Petit guide diplomatique à déballer avant l’arrivée des bifanas.


Au moment où la discussion va devenir tendue, pas la peine d’aller sur Wikipédia pour donner du poids à tes arguments. Wiki écrit : « Le Triple F (en portugais : três F) désigne la trilogie fado, Fátima, football. Il symbolisait les valeurs portugaises sous la dictature de António de Oliveira Salazar. » Sauf que… (imagine-toi la voix de Gilbert en plein quiz) : « C’est pas bon ! » Ce triptyque, cultivé après la révolution pour caricaturer le Estado Novo, l’État Nouveau, ne saurait représenter l’indigeste régime qui a gangrené le Portugal entre 1933 et 1974. L’incarnation du pouvoir s’appelait alors Salazar. Sa devise était : « Dieu, Patrie et Famille ». Cet ex-séminariste cultivait autant la foi catholique, portée par les apparitions mariales de Fátima (au cours de l’année 1917), qu’il dédaignait le fado d’Amália Rodrigues (qu’il surnommait « a criaturinha », la petite créature) et se désintéressait du football d’Eusébio. Calma ! Pose ton verre, on va t’expliquer…

« Les effets maléfiques » du foot

Dans l’imaginaire que se sont bâti nombre de « lusos », Salazar était sympathisant du Benfica. Pour preuve, ils comptent les titres conquis par les Aigles entre la naissance de l’État Nouveau et la révolution des Œillets, qui marque le retour de la démocratie. Le SLB a remporté 36 trophées nationaux dans cette période, contre 26 pour le Sporting, 9 pour le FC Porto et autant pour le reste des clubs. D’autres retiennent les années fastes du système (1933-1949) et constatent que c’est le Sporting, historiquement élitiste, qui en ressort le plus fort, avec 12 titres. Salazar sportinguiste, alors ?

Comme l’écrit l’historien Ricardo Serrado dans son ouvrage O Estado Novo e o futebol (L’État Nouveau et le football, non traduit) le Sporting est le « grande » comptant le plus de...

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Nicolas Vilas
Nicolas Vilas

Spécialiste du football portugais, il s'intéresse quand même aux grands championnats. Sans doute le seul homme sur la planète à apprécier autant le style de Rui Costa que celui d'Eder.

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