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Les vérités que le monde du foot doit entendre

Portrait : Zinédine Zidane Gratuit
Publié le 10 septembre 2021
Portrait : Zinédine Zidane

"Au delà des gestes techniques, trop difficiles à répéter, ce sont davantage les valeurs transmises par ce joueur dont j’essaie de m’inspirer : Le travail, l’humilité et la persévérance"

Le soleil enveloppe de son haleine brûlante le terrain stabilisé, où, avec mes camarades, nous inaugurons notre rentrée footballistique par un match amical contre Endoume, après une préparation difficile mais conviviale.

Mon cerveau se fixe sur les trajectoires de passe, mes poumons implorent le ciel de leur donner un second souffle, mes jambes sont peintes de pois rouges (après quelques tacles à retardement), mes pieds gonflent sous la chaleur, mais mon cœur est ceint d’un bonheur indescriptible.

En cette fin de période estivale, qu’a t-il pu se passer dans ma vie, pour troquer mon maillot de bain (à fleur) pour celui de ma ville (rouge et blanc de l’AS Cannes), sacrifier les bains de soleil, sur le sable chaud, avec Clémence, Yasmine et Charlotte, pour le sable ocre avec Sofiane, Kevin, Manu,...

La réponse se trouve à quelques minutes à vol d’oiseau, dans le quartier de la Castellane. C’est ici que tout a commencé pour Yazid, il y a quarante ans. Le jeune garçon, armé des trois valeurs inculquées par ses parents - le respect, le travail et le sérieux - s'est pris de passion pour ce sport qui vient à bout des inégalités sociales.

Les origines d’un destin hors norme

Très vite, Yazid devient « accro » au football et à ses possibilités infinies. Aucune autre activité ne pénètre les voies célestes d’un destin hors norme. Pour tracer sa voie, il observe et s’inspire des gestes de son maître, Enzo Francescoli, qui a apporté sa classe sur les pelouses de Ligue 1, vêtu de sa toge olympienne. Comme tout génie, il perfectionne ses mouvements et façonne son propre style.

C’est ainsi qu’il parfait ses gammes dans différents clubs marseillais et se fait repérer par Jean Varraud, recruteur pour l’AS Cannes, lors d’un match contre Saint-Raphaël avec son équipe de Septèmes les Vallons. Placé dans l’axe de la défense, il ne réalise pas un grand match. Porté par sa fougue dribbleuse, il tente des gestes techniques dans des zones où tout bon coach préconiserait un pointu pour dégager le danger. Mais le recruteur n’en a que faire : après une semaine de stage, le voilà engagé dans le centre de formation du club Azuréen.

Les prophéties ne peuvent s’accomplir sans sacrifice consenti. Le jeune Yazid en versa des larmes, le soir, en se remémorant la douceur familiale à une centaine de kilomètres. Pas question d’échouer : cette peine se transforme alors en rage, les rivières salées ne creusent plus les joues du néo professionnel mais son front, face aux heures d’entraînements où il perfectionne son pied gauche, son pied droit et ses contrôles de balle, qui deviendront LE geste signature du Z.

Jean Fernandez le lancera dans le grand bain et Yazid deviendra Zinédine. Son premier but en Ligue 1, inscrit le 10 février 1992, confirme l’adage « le travail finit toujours par payer ». Servi dans l’axe, il emmène le ballon sur son pied droit grâce un fabuleux contrôle «aile de pigeon» et enchaîne avec un lob à l’entrée de la surface de réparation. Les bonnes prestations se suivent mais ne suffisent pas à maintenir l’AS Cannes en première division. Trop doué, il doit quitter ce club qui l'a lancé.

L’aventure bordelaise

Toujours à l’affût les bons coups, Rolland Courbis signe le Marseillais chez les Girondins de Bordeaux. Sous les ordres de « Coach » et son fameux 4-2-3-1, ou plutôt son losange pointe basse avec des latéraux dans une posture d’ailier, ou plutôt… bref vous m’aurez compris, notre Coach national trouve le système et le positionnement parfait pour que le jeune prodige passe un cap supplémentaire, entraînant dans son sillage le collectif Bordelais.

En plus de son attirail technique, le numéro 7 Girondin ajoute de nouvelles cordes à son arc. Il devient un fin tireur de coup franc et se montre décisif dans les matchs clés, avec, pour point d’orgue, ses performances européennes avec l’équipe au scapulaire, partie de l’intertoto jusqu’à la finale de coupe de l’UEFA, en éliminant le mythique AC Milan. Durant la compétition, il inscrira son plus beau but, une demie volée du milieu de terrain, humiliant le gardien dépassé par ce geste instinctif.

Quand Zidane devint Zizou

Ses prestations lui ouvrent les portes de ce qui sera sa plus grande histoire d’amour sportive : l’équipe de France. Menés 2-0 par la République tchèque, Zizou entre en terre promise et prêche devant le grand public français l’évangile des miracles. Quelques minutes lui suffisent pour inscrire deux buts et dorer son nom sur le livre des records (premier joueur français à inscrire un doublé lors de sa première sélection).

Malgré tout, il traverse l’Euro 96 sans briller, affaibli par un accident de voiture juste avant la compétition et peut-être troublé mentalement par un tournant professionnel : sa signature à la Juve. Dans ce nouveau championnat, l’exigence est à son comble et la qualité technique ne suffit plus. Cette dernière doit être associée à une condition physique optimale. C’est en appliquant deux des trois valeurs transmises par ses parents (le travail et le sérieux) et en finissant les séances d’entraînements la tête dans les WC que la transformation finale prend fin. Zinédine Zidane est désormais un joueur complet, décisif, un FUORICLASSE, capable de tenir un match de 90 minutes plusieurs fois pas semaine, avec la culture de la gagne ancrée dans l’encéphale. En route vers 98...

L’envergure prise dans le championnat Italien fait du joueur Français l'un des éléments les plus attendus de cette coupe du monde avec le brésilien Ronaldo. L’émotion du premier match où il délivre une première passe décisive pour son copain Duga va, par la suite, laisser place à l’incompréhension. A la suite d’un contact avec un joueur saoudien, il décide de s’essuyer les crampons sur ce dernier devant un arbitre excité à l’idée de sortir son rouge dans le ciel Parisien. Émotif, il traînera ce geste jusqu’au bout de la compétition, le 12 juillet 1998 précisément. Pardonné des dieux, son front suinte l’eau bénite, qui lui fera marquer un doubler de la tête à la suite de deux corners. Deux coups de tête rageurs, venant briser les chaînes d’un football Français malchanceux, souvent volé, et rarement gagnant.

C’est à compter de ce jour, que nous autres, enfants de la génération Z, trouvions que la calvitie de nos pères était finalement cool.

Libéré d’un poids, l’Euro 2000 lui permet d’inscrire définitivement son nom au panthéon du foot. Véritable métronome, il nous gratifiera de notes inscrites dans les plus belles partitions comme ce coup franc inscrit face à l’Espagne ou ce contrôle de balle face au Portugal. Avec sa bande, il accomplira le plus grand exploit footballistique français et mondial à date, en réalisant le doublé Coupe du monde et Euro.

L’année suivante, Il troque son habit de Fueroclasse pour celui de MAESTRO sous la tunique blanche de Madrid et y glanera le seul trophée manquant à sa collection : la Champions League. Après trois finales européennes perdues (une avec Bordeaux et deux avec la Juve), il brise la malédiction du pied gauche à la suite d’une chandelle de Roberto Carlos. L’aventure madrilène le mènera jusqu’en 2006 avec un dernier match face à Villarreal en guise d’adieu.

La dernière danse

Après une habituelle campagne de qualification poussive, nous avons droit à la traditionnelle phase de poule pourrie mais qualificative pour les huitièmes de finale. Avertis, les médias ibériques trouvèrent opportun de planter les ultimes banderilles d’une dernière danse annoncée. Manque d’humilité ou simplement manque de culture foot, les espagnols semblent oublier que l’équipe de France n’est jamais aussi forte que face au mur. Après une ouverture du score gonflant d’un dernier soupir des chevilles déjà bien gonflées, la Roja subira les foudres d’une équipe à l’orgueil bien placé.

Comme dans un rêve, le quart de finale voit Zidane et les siens affronter le Brésil. Il offre alors l’une des plus grandes émotions sportives. Ce chef d’oeuvre est orchestré par un cerveau doté d’une puissance créatrice infinie, guidant ses jambes dans une fresque de 90 minutes composée de roulettes, passements de jambes, talonnades, passes décisives, le tout enveloppé d’un sourire gracieux. La grande classe.

La demi finale le vit encore éliminer le Portugal d’un penalty cruel et imparable pour s’ouvrir les portes d’une finale face à nos meilleures ennemis : l’Italie.

Comme pour le 12 juillet 1998, nous nous souvenons tous où nous étions le soir de la finale 2006. Flanqué dans le canapé de ma grand-mère, j’avais dérogé à mon rituel télévisuel d’avant-match. Normalement, je devais me trouver chez moi, mon frère sur la canapé avec son meilleur ami assis sur sa gauche, les télécommandes correctement disposées sur la table basse… Le match s'ouvre.

Tout ne pouvait pas plus mal commencer, sauf la vision d’un objet volant non identifié, flottant dans les aires de Berlin, s’écrasant sur la barre transversale et rebondissant derrière la ligne avant de sortir, comme pour revenir dans les pieds de son propriétaire. La suite du match ne sera que tension et crispation. Zidane trouvera face à lui une mer fermée malgré ses prières. Pensant à une résurrection, nous assistions en réalité à la crucifixion de notre Dieu du football manigancée par un traître : Marco Materrazi.


Fabien est un auditeur assidu de l'After. C'est donc tout naturellement qu'il s'est abonné à la revue de Daniel et Gilbert.
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