Les vérités que le monde du foot doit entendre

Portrait : Diego Maradona Gratuit
Publié le 25 novembre 2021
Portrait : Diego Maradona

Maradona un an après : retour sur une icône du foot. L'hommage de Simon Bourgeois, abonné à la revue After Foot.

Le 8ème de finale de la coupe du monde 1990 Argentine-Brésil et le match de poule de la coupe du monde 1994 Argentine-Grèce. De mémoire, ce sont les 2 seuls souvenirs que j'ai de Maradona en direct. Et encore, il s'agissait peut-être de résumés.

Tout le reste, les buts venus d’ailleurs, les titres, les blessures, les frasques, l'adulation d'un peuple, je l'ai appris en usant jusqu'à l'os les VHS de mon père. Un père qui enregistrait tout, à une époque où diffuser à la télé un programme d'une heure intitulé "Les 132 buts de la coupe du monde de football 1986" avait un sens. Et puis il y avait ce reportage d'Alain Vernon consacré aux numéros 10. Pour stade 2 il me semble, mais là encore les souvenirs sont flous. Diego y virevoltait en compagnie de Pelé, Zico, Platini, Suzic, Rivera et Schuster.

Comme j'imagine tous les amoureux du foot, j'ai passé beaucoup de temps devant les images et les hommages rendus à Diego Maradona le jour de sa mort et les suivants. Le mec était magnétique à un point tel que ça sonne faux de parler de lui au passé encore aujourd'hui. Et puis il y a cette évidence. Ce que nous savions déjà, mais qui ne s'impose qu'à la fin de l'histoire : l'œuvre de Maradona dépasse le cadre du foot et du sport. Devant ces images, qu'on soit fan de foot ou pas, qu'on soit fan de lui ou pas, on est très nombreux à avoir ressentie cette vibration difficilement définissable. Mélange de respect, d'admiration, d'identification ? Et surtout cette certitude instinctive d'être confronté à l'unique. En ce sens, Maradona nous touche au-delà des frontières et des appartenances.

Son décès a invité à la révérence, même si l'on n'a aucune affinité pour lui ou pour son domaine de prédilection, le football. Comme cela peut-être le cas lorsque l'on est face à la disparition d'un personnage hors norme, de Mandela à Johnny en passant par Lennon, Kennedy, Coluche et d'autres. Bien sûr, la comparaison entre tous ces hommes n'a pas grand intérêt, mais leurs décès ont eu pour point commun de créer à chaque fois cette même vibration universelle. Et à mon sens, Maradona appartient à ce club très fermé.

Lorsqu'il est mort, j'ai écrit ce petit texte dont je n'ai rien fait. Je vous le livre aujourd'hui, à l’approche du premier anniversaire de sa disparition :

"Monsieur Maradona, comme vous je suis un numéro 10. Si j'ai désormais raccroché les crampons, que je n'ai trainés que sur des terrains très amateurs, je reste et resterai un numéro 10, sur le terrain comme dans la vie. Vous le savez mieux que personne, ce genre de choses ne se décrètent pas, elles sont.

Monsieur Maradona, comme beaucoup de numéros 10, j'ai bien souvent exaspéré mes coéquipiers, j'ai bien souvent promis des victoires qui ne sont jamais venues, j'ai bien souvent constaté le regard déçu de ceux qui attendaient de moi la lumière. Certaines fois peut-être, sans doute, suis-je parvenu à éclairer assez fort.

Monsieur Maradona, mes parents m'ont transmis la passion du football, des arts et de la vie. Ils me l'ont transmise comme on transmet un témoin qui ne disparaît pas de la main du passeur, mais qui se dédouble. Je vois ces jours-ci tous ces enfants d'Argentine et d'ailleurs, qui ne vous ont jamais vu sur un terrain, pleurer et chanter votre nom. Pour sûr, votre talent de passeur à vous semble bien sans pareil.

Monsieur Maradona, je suis Français. Mon idole à moi ne s'appelle pas Maradona, mais Platini. Aussi, en apprenant la nouvelle de votre mort, en revoyant toutes ces images, aucune larme ne coule sur ma joue. Une vague déferle simplement et inéluctablement sur moi. Elle porte en son sein un flot ininterrompu de buts, de dribbles et de victoires. Elle déroule un voyage à la beauté céleste, dont le récit nous est pourtant conté de la terre à la terre.

Alors Merci, Monsieur Maradona."

Olé, olé olé oléééé ..., Diegooooo, Diegoooo !


Simon Bourgeois est abonné à la revue After Foot.
commentaireCommenter