Les vérités que le monde du foot doit entendre

Portrait : Thomas Nkono Gratuit
Publié le 14 janvier 2022
Portrait : Thomas Nkono

Il fut l’un des meilleurs joueurs africains de son époque, l’un des meilleurs portiers de l’histoire du football ayant grandement influencé Buffon, et contribué de manière décisive aux excellentes performances du Cameroun.

Le Cameroun, organisateur de la coupe d’Afrique des nations, a vu naître plusieurs footballeurs de grande qualité. On pense généralement aux joueurs offensifs comme par exemple Roger Milla qui joua douze ans dans notre championnat entre 1977 et 1989. On pense également à Samuel Eto’o qui se distingua plus particulièrement avec le FC Barcelone et l’Internazionale, clubs avec lesquels il conquit 3 fois la Ligue des champions, alors qu’avec la sélection camerounaise il marqua 56 buts en 118 sélections entre 1997 et 2014.

Aujourd’hui, je vais plutôt m’intéresser à un gardien, l’un des meilleurs gardiens de l’histoire : Thomas NKono. Né le 20 juillet 1955 à Dizangué, Thomas Nkono garda les buts du prestigieux Canon Yaoundé pour la première fois à l’âge de 19 ans en 1974. Celui qui crut en lui et contribua à son affirmation fut le yougoslave, Vladimir Beara, meilleur gardien de l’histoire de la Yougoslavie, 59 fois sélectionné dans les années 1950, et qui garda les buts de l’Hajduk Split et de l’Etoile Rouge Belgrade. Thomas Nkono montra rapidement de nombreuses qualités nécessaires à l’affirmation d’un portier de classe mondiale, souplesse, détente, classe, assurance, sobriété, grande confiance en lui, maturité, excellant dans les duels à un contre un contre les attaquants et dans les sorties.

Thomas N’Kono fut manifestement l’un des éléments décisifs dans les victoires nationales du Canon Yaoundé, champion en 1977, 1979, 1980 et 1982, et les conquêtes continentales de son club qui remporta la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1979 et 1980, et la coupe d’Afrique des vainqueurs de coupes en 1979. Cette période constitua l’âge d’or du football de clubs au Cameroun tant sur la scène nationale (avant l’arrêt Bosman, les meilleurs joueurs camerounais évoluaient au pays ce qui permettait d’avoir des compétitions nationales de grande qualité), que sur la scène continentale. Les amateurs du football camerounais suivaient avec ferveur la rivalité entretenue avec l’autre excellent portier, Joseph Antoine Bell qui jouait dans le club opposé de l’Union Douala, et dont l’immense talent permit à son club de remporter deux fois le championnat du Cameroun en 1976 et 1978 et la coupe d’Afrique des clubs champions en 1979. Au début des années 1980 les qualités de Thomas Nkono étaient déjà reconnues en Afrique comme l’attestait sa désignation de meilleur footballeur africain en 1979.

La consécration mondiale de Thomas Nkono survint en 1982. Le Cameroun était qualifié pour la coupe du monde en Espagne où il intégra un groupe très relevé comprenant le futur champion du monde, la Squadra Azzura, la Pologne et le Pérou qui connaissait son âge d’or avec deux quarts de finale en coupe du monde en 1970 et 1978. Les observateurs européens s’attendaient à ce que le « petit poucet » camerounais se fassent dévorer par ses trois équipes, un peu à l’image de Zaire, le premier représentant de l’Afrique noire en coupe du monde en 1974 en RFA, qui avait subi trois défaites, en ne marquant aucun but et en encaissant 14. Mais le Cameroun de 1982 ne fut pas le Zaire de 1974. Les Lions indomptables furent une formation aguerrie, solidaire, bien organisée collectivement, rigoureuse sur le plan tactique, solide défensivement, talentueuse, qui tint la dragée haute à ses adversaires en faisant trois matchs nuls : 0-0 avec le Pérou et la Pologne, 1-1 avec l’Italie. Résultat : les Lions indomptables furent à la fois invaincus et éliminés. La grande figure de cette formation camerounaise fut Thomas Nkono qui empêcha les attaquants de classe mondiale : Teofilo Cubillas, Lato, Szarmach, Boniek, Smolarek, Paolo Rossi, Altobelli, Bruno Conti de marquer. A l’issue de la coupe du monde Thomas Nkono fut élu deuxième meilleur gardien de la compétition derrière le soviétique Rinat Dassaev et remporta son deuxième ballon d’or africain.

Au cours de l’été 1982 à l’âge de 27 ans Thomas Nkono débarqua en Europe dans le championnat espagnol à l’Espanyol Barcelone. Il y évolua 9 saisons (1982-1991) et disputa plus de 300 rencontres. Ses deux meilleures saisons sur le plan collectif et individuel furent les saisons 1986-1987 et 1987-1988. Au cours de la première l’Espanyol Barcelone termina troisième de la Liga derrière le Real Madrid et le FC Barcelone grâce notamment aux arrêts décisifs de Thomas Nkono. Lors de la saison 1987-1988 l’Espanyol Barcelone fut tout prêt de conquérir la coupe d’Europe de l’UEFA, dont le niveau était alors très relevé. L’Espanyol élimina plusieurs formations de grande valeur, Moenchengladbach en 1/32 finale, le Milan AC d’Arrigo Sacchi en 1/16 finale, l’Internazionale en 1/8 finale, en quart de finale le TJ. Si l’Espanyol n’encaissa que deux buts face à ces équipes de haut standing, ce fut en grande partie grâce aux brillantes prestations de Thomas Nkono. En demi-finale l’Espanyol « craqua » en s’inclinant 2-0 à Bruges, mais réussit la « remontada » au stade de la Sarria en l’emportant 3-0 après prolongation. En finale contre le Bayer Leverkusen au cours de la première manche à la Sarria l’Espanyol remporta une victoire probante 3-0, et semblait devoir remporter la C3 quand le score était de 0-0 à Leverkusen à la fin de la première mi-temps. Cependant les allemands refirent leur retard en deuxième mi-temps en s’imposèrent dans la séance des tirs aux buts 3 pénaltys à 2. Une défaite qui constitue l’un des plus grands regrets du portier camerounais. On peut considérer que Thomas Nkono a été « victime » d’évoluer dans le football de l’avant arrêt Bosman. En effet dans la Liga des années 1980 les clubs ne pouvaient aligner que 2 joueurs étrangers. Sans les restrictions sur la limitation du nombre d’étrangers qui n’existent plus depuis 1996, Thomas Nkono aurait pu prétendre sans aucun problème à être le portier du Real Madrid ou du FC Barcelone.  Thomas Nkono quitta l’Espanyol à l’âge de 36 ans pour poursuivre sa carrière à Sabadell, au CE l’Hospitalet et l’a terminé à plus de 40 ans en Amérique du sud en Bolivie avec le Bolivar La Paz, club avec lequel il remporta deux championnats bolivien en 1996 et 1997.

Concernant la sélection camerounaise, Thomas Nkono se partagea les cages des Lions Indomptables avec l’autre excellent portier, Joseph Antoine Bell. Le portier qui effectua sa carrière à l’Union Douala, l’Olympique Marseille, Toulon, les Girondins Bordeaux et l’AS Saint-Étienne, fut le gardien titulaire lors des victoires camerounaises en coupe d’Afrique des nations en 1984 en Côte d’Ivoire, en 1988 au Maroc. Thomas Nkono fut le portier titulaire des Lions Indomptables en 1986 qui s’inclinèrent en finale de la coupe d’Afrique des nations aux tirs aux buts en Egypte devant le pays organisateur, aucun but n’ayant été marqué en 120 minutes. Lors de la coupe du monde épique en 1990 en Italie, Thomas Nkono fut le portier titulaire qui contribua aux victoires sur l’Argentine de Maradona 1-0, la Roumanie de Georghe Hagi 2-1, la Colombie 2-1 après prolongation, avant de s’incliner en quart de finale dans le meilleur match de la compétition devant l’Angleterre sur le score de 3-2 après prolongation. On regrettera le fait que les Camerounais ne soient pas parvenus à amener cette rencontre dans la séance des tirs aux buts, au cours de laquelle ces « loosers » d’Anglais dans cette épreuve auraient raté plusieurs pénaltys devant Thomas Nkono.

En 2020 Thomas Nkono fut nominé par France Football pour le prix du meilleur gardien de l’histoire en compagnie de Lev Yachine, Gordon Banks, Dino Zoff, Sepp Maier, Peter Schmeichel, Edwin Van Der Sar, Iker Casillas, Manuel Neuer et Gianluigi Buffon, ce dernier le considérant comme sa grande influence : « Au cours de la coupe du monde en Italie il était beau à voir, folklorique. Il dégageait une telle passion. Il portait un long pantalon et j’étais dans l’admiration. Le lendemain, j’ai décidé d’être gardien de but ». La légende transalpine appela son premier fils Thomas et se fit un honneur de participer au jubilé de Thomas Nkono à Yaoundé en 1999.


Victor Martins, abonné à la revue l’After foot, est historien du sport indépendant. Il est l'auteur de 11 ouvrages à ce jour sur les grands clubs européen aux éditions Sydney Laurent sous le pseudonyme d’Antonio Camacho.
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