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Foot & fric : la guerre de 100 ans Abonnés
Foot & fric : la guerre de 100 ans

Il y aurait une limite à l’indécence, dit-on, une frontière à ne pas dépasser pour ne pas menacer les vraies valeurs de ce sport populaire. Or, le problème n’est pas que les footballeurs soient trop payés, mais qu’ils soient payés tout court. Retour sur une guerre entre amateurs et professionnels qui dure depuis presque 100 ans.

Il y a un contentieux en suspens. Dans le premier épisode de The English Game, la série Netflix sortie en mars 2020 qui retrace les années d’enfance du football, l’équipe des Old Etonians, qui, comme son nom l’indique, rassemble d’anciens élèves de l’élitiste public school anglaise d’Eton, vient d’affronter et d’éliminer de justesse Darwen, une équipe composée d’ouvriers d’une manufacture de tissu voisine. Lors du dîner d’après match, les gentlemen, accompagnés de leurs ladies, se remémorent la rencontre :

« Vous pensez sérieusement que nous aurions pu être battus par une bande de…

– D’ouvriers ? interrompt une comtesse.

– De professionnels ! reprend un hôte à moustache, passablement agacé par les mœurs du prolétariat. Darwen fait jouer des professionnels !

– Ils paient deux membres de leur équipe, ajoute Arthur Kinnaird, 11e Lord du nom, héritier d’un empire bancaire et star du football des années 1870.

– Quel est le problème ? demande son épouse.

– C’est un sport pour amateurs et gentlemen. C’est notre jeu.

– Votre jeu ?

– C’est nous qui l’avons inventé. Eton, Charterhouse, Harrow, beaucoup d’écoles ont joué leur rôle. Nous avons fait d’un vulgaire passe-temps aux règles différentes à chaque match un jeu respectable. Pour gentlemen. »


John Bull, bourgeois de l’ère victorienne, déplore la popularisation du football.
John Bull, bourgeois de l’ère victorienne, déplore la popularisation du football.


Voilà un paradoxe passé relativement inaperçu. Comment un « jeu respectable » pour aristocrates en goguette, porteur des valeurs d’une élite, donc, est-il devenu le sport le plus populaire du monde ? Comment ce jeu pour happy few s’est-il transformé en porte-drapeau des classes laborieuses ? Il y a là un retournement historique et philosophique dont on peine encore à saisir la portée.




C’est le cœur de la querelle mise en scène par Julian Fellowes. Pour les pères fondateurs, le football est un renoncement à...

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Thibaud LEPLAT
Thibaud LEPLAT

Enseignant en philosophie à Sciences Po, auteur de nombreux ouvrages sur le football. Vit à mi-chemin du ballon et de la philosophie. Pile entre Nietzsche et Ribéry.

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