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Renier sa religion pour le business

Pendant plus d'un siècle, le sport est resté à l'écart de l'économie, de la politique et de la religion. Victime de son succès, il en veut désormais toujours plus – de pratiquants, de spectateurs, d'argent. Et a dû réexaminer sa doctrine. Pour le meilleur ou pour le pire ?


L'Europe est le berceau du mouvement sportif mondial, de son organisation et de son modèle de gouvernance. Il est né en particulier du Comité international olympique (CIO), dont le fondateur est français. Le baron Pierre de Coubertin a inventé les JO de l'ère moderne et le concept de « religio athletae », la religion de l'athlète. Il consiste à tenir l'individu sportif à l'abri des religions, au profit d'une autre religion, laïque, qui repose sur le fair-play et un respect chevaleresque. C'est elle qui a longtemps permis à chaque sport de se diffuser, d'abord en Europe puis dans le monde, en s'appuyant sur ses fédérations et confédérations.

Un changement tout sauf neutre

De tout temps, le mouvement sportif a cherché à se préserver des sphères publique et privée. Pour ce faire, il a d'abord imaginé un système d'administration original, fondé sur le bénévolat de ses dirigeants, l'amateurisme de ses pratiquants et la répartition des responsabilités entre le national (fédéral) et l'international (confédéral). À Athènes, en 1896, avec 14 nations et 241 athlètes (aucune femme) engagés dans 10 disciplines, il n'y avait rien là d'impossible. Mais à Mexico, en 1968, les JO accueillaient 112 délégations, 18 sports, 172 compétitions, 5 516 athlètes (dont 781 femmes). Pour faire face aux coûts d'organisation qui se sont envolés, les compétitions ont dû être commercialisées. Quand on sait qu'à Tokyo, l'été dernier, se sont affrontés plus de 11 000 athlètes (dont 48 % de sportives) représentant 205 délégations…

Le football n'a pas échappé au mouvement. 16 sélections ont pris part à la Coupe du monde de 1930 en Uruguay. Elles seront 48 en 2026, aux États-Unis, au Canada et au Mexique. En club, l'inflation est plus récente. Elle date de 1996, année de l'arrêt Bosman. Depuis, vendre plus pour dépenser plus est le credo de...

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Vincent CHAUDEL
Vincent CHAUDEL

Consultant en stratégie et économiste du sport, il est cofondateur de l’Observatoire du sport business. Et le moins qu'on puisse dire est qu'il y a des choses à voir.

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