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Séville 82, vu d’Allemagne Abonnés
Séville 82, vu d’Allemagne

Pour les Français, la demi-finale de 1982 contre l’Allemagne est un match de légende. Pas sûr que les Allemands, Harald Schumacher en tête, soient de cet avis.


Comme souvent en pareille occasion, c’est un Harald Schumacher de très bonne humeur qui nous accueille devant sa villa, à Sürth, près de Cologne. Mais cette fois, il se montre particulièrement aimable, car il reçoit des visiteurs venus de France, une équipe de télévision conduite par Hervé Mathoux, qui tourne un documentaire sur la nuit de Séville du 8 juillet 1982. Il sera diffusé juste avant la Coupe du monde au Qatar. Le journaliste de Canal+ est d’abord impressionné par l’ancien gardien du FC Cologne et de la Nationalmannschaft, dont il prononce le nom à la française, « Arald Choumachère ». Que va-t-il se passer s’il pose la question que tout le monde se pose mais qui pourrait être mal prise ? Me sautera-t-il dessus pour me frapper, se demande-t-il.

Surprenant, l’effet que, plus de quarante ans après la demi-finale légendaire de la Coupe du monde espagnole, le nom de Schumacher continue de produire sur un amateur de foot français. Schumacher la « brute épaisse », comme l’écrivit L’Équipe après son agression sur Patrick Battiston, à la 57e minute du match, dans une froide indifférence à l’égard de son adversaire grièvement blessé. Pas étonnant que la presse française, écœurée, ait alors réchauffé de vieux sentiments anti-allemands, attribués à Schumacher, l’incarnation du mal.

« Tu es le tigre, le ballon est ta proie »

Elle n’était pas la seule. En Allemagne, on le menaça de mort, ou d’enlever ses deux enfants. Il fut placé sous protection policière. Ces réactions l’ont touché. Schumacher a souffert de dépression, s’est mis à voir des loups gris, les démons de Séville, comme en 1972 pour ses débuts pros à Cologne. Il a consulté une psychologue, en secret – il ne fallait surtout pas montrer de signes de faiblesse. Il y a cinquante ans, dans le...

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