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Les « derby » : une exception italienne Gratuit
Publié le 3 août 2021
Les « derby » : une exception italienne

En Italie, le football est une passion avant d'être un sport. Les nombreux « derby » rythment la saison des supporters et sont autant de vraies occasions de faire la fête qu'une lutte pour la suprématie locale. Dans ces rencontres, malheur au vaincu.

Début mars, à peine deux semaines se sont écoulées entre le derby de Milan et celui de Gênes. Pourtant, dans la même période, un match a déchaîné les passions et eu droit aux honneurs de la tv publique alors qu'il se joue au troisième échelon : le derby de la Sicile entre Catania et Palermo ! Deux clubs à la recherche de leur passé glorieux après des faillites financières. Une victoire en infériorité numérique des Palermitains sur la pelouse de leur rival, rien de mieux pour galvaniser un groupe, des tifosi et se relancer dans la course à la montée. Et pour faire naître un sentiment de puissance insulaire -qui peut durer longtemps- puisque l’aller s’était soldé par un nul et que le précédent affrontement remonte à 2013... en Serie A. Une autre époque où l’on trouvait dans les effectifs Dybala, Ilicic, Papu Gomez ou encore Legrottaglie !

Pour comprendre l’importance de ce genre de match, il suffit de se rendre au centre d’entraînement de Palermo et d’y lire l’inscription sur l’un des murs : « Une victoire dans le derby est aussi importante qu'un scudetto ». Si la notion de derby au sens noble du terme désigne un affrontement entre deux clubs de la même ville, en Italie, elle revêt aussi une dimension régionale ou politique. À la fin des années 2010, la Sicile a même compté trois pensionnaires dans l’élite avec en plus l’ACR Messina. Une des nombreuses terres de football auxquelles on peut ajouter l’autre club de Messine (le FC), Licata et les disparus Trapani, Siracusa ou l’Atletico Catania (qui disputait le Derby dell’Elefante avec son voisin) !

Lors de la saison 2017/2018, la Serie A comptait encore 5 "stracittadine"  (appellation italienne pour qualifier les villes comptant plusieurs clubs importants) : Milan, Rome, Turin, Gènes et Verone. Une exception européenne si l’on ne tient pas compte des nombreux derby londoniens. Visite guidée des rivalités italiennes.

Le derby « della Madonnina »

Le derby de Milan oppose la bourgeoisie « interiste » à la classe populaire « milaniste » et tire son nom de la sculpture dorée représentant la Vierge Marie placée sur la plus haute flèche du Dôme de Milan. C’est LE derby : symbole de la puissance du nord entre deux vainqueurs de la Ligue des champions, celui qui offre la plus grande rivalité sportive et qui est précédé de chorégraphies et « tifos » parmi les plus exceptionnels.

Le derby « della capitale »

Le derby romain oppose l’As Roma, le club le plus populaire de la ville, à la Lazio, club plus soutenu dans le reste de la région. Il oppose également deux idéaux politiques : la gauche et l’extrême droite. C'est le derby le plus passionnel de la botte, voire le plus « malsain » tant la haine entre les deux « tifoserie » est exacerbée.

Le derby « della Mole »

Le derby de Turin oppose la Juventus, club le plus aimé du pays, au Torino, club le plus soutenu dans la ville. C’est le plus vieux d’Italie et il tire son nom de la Mole Antonelliana, symbole de la ville, qui abrite désormais le musée national du cinéma. Ce derby ne revêt pas la même importance pour les deux clubs tant un gouffre sportif et financier les sépare désormais. Pour Le Torino, c'est LE match de la saison. La Juve a bien d'autres rivalités, et dans l’esprit des partisans de la Vieille Dame, elles sont plus importantes.

Le derby « della Lanterna »

Le derby de Gênes oppose le Genoa à la Sampdoria et tient son nom du phare portuaire, symbole de la ville, La Lanterna. C’est le derby le plus « sympa » du pays et le plus beau vu des tribunes : la rivalité n’est pas exacerbée entre deux clubs qui sont une anomalie en Serie A vu la taille de la  ville. La structure anglaise du Stade Luigi-Ferraris, les « tifos » et l’ambiance exceptionnelle font de cette rencontre un match à voir absolument une fois dans une vie.

Le derby « della Scala »

Le derby de Vérone oppose l’Hellas au Chievo et tire son nom de la famille Scaligera, qui régna sur la ville aux XIIIe et XIVe siècles. C'est le derby le moins sexy : le vrai concurrent de l’Hellas est le Virtus Verona, le Chievo n’étant que le troisième club de la ville. Un immense et mal foutu stade Bentegodi qui donne la sensation de sonner creux, une grande partie de ces rencontres disputées en Serie B (le premier dans l’élite remonte à 2001) achèvent de placer ce derby au cinquième rang.

Les derby régionaux

Outre la Sicile, de nombreuses régions ont un gros contingent de clubs pros. En Ligurie, aux deux génois, on peut ajouter La Spezia et La Virtus Entella. En Lombardie les deux ogres milanais laissent un peu de place au nouveau gros qu’est l’Atalanta et à Brescia. Ces deux dernières entretiennent une rivalité viscérale, basée sur une guerre industrielle entre les deux villes. L’Emilia Romagna est sans aucun doute, après la Lombardie, la deuxième terre de foot : Parma, Bologna, Sassuolo, La SPAL, La Reggiana, Modena et Cesena sont les places les plus importantes, Parma et Bologna se disputant la rencontre historiquement la plus attendue. Dans les Pouilles, la rivalité est incarnée par trois clubs au glorieux passé : Bari-Lecce-Foggia. Enfin la Campanie ! Même si le Napoli monopolise l’attention et représente l’élite, Benevento, Avellino et la Salernitana nous offrent de belles empoignades. Paradoxalement c’est dans le Latium que l’on trouve le moins de choix avec le seul Frosinone pour concurrencer les deux clubs romains.

Les autres rivalités

Forcément, la première qui vient à l’esprit est le derby d’Italie entre la Juve et l’Inter, les deux clubs les plus titrés, les deux clubs ayant les plus grandes « fan base » dans tout le pays et une rivalité accentuée par le scandale du Calciopoli, les Nerazzurri récupérant sur tapis vert deux titres. Le derby du soleil entre l’AS Roma et le Napoli trouve son origine dans la différence culturelle entre les deux villes. Même si elle n'a pas de nom, la rivalité entre la Juve et le Napoli a une histoire. Celle du nord contre le sud avec comme genèse l’affrontement entre Maradona et Platini ! Le président De Laurentis et Sarri (version napolitaine) avec son jeu ont redonné de l'intérêt à cette confrontation et le passage de Higuain du sud au nord a fini d’enterrer tout espoir de « paix ».
Enfin, une des dernières grosses rivalités du pays concerne une fois de plus les Bianconeri : l'antagonisme avec la Fiorentina. De lourdes défaites pour la Viola et des transferts rocambolesques de la Toscane vers le Piémont (surtout Roberto Baggio) ont transformé ce simple match en vrai rendez-vous à gagner.

Le dénominateur commun de toutes ces rencontres est la passion. Une passion débordante qui se transmet de père en fils et qui fait de la botte un de ces fameux « pays de foot ». L'enjeu qui entoure ces matchs-là fait qu’il y a quasiment chaque semaine une histoire à raconter autour d’un affrontement qui peut procurer aux tifosi fierté, joie et un sentiment de légèreté le lendemain.
Un derby ça ne se joue pas, ça se gagne!

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