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Les vérités que le monde du foot doit entendre

Les journalistes sportifs français : une pâle copie Gratuit
Publié le 8 juin 2021
Les journalistes sportifs français : une pâle copie

A quelques jours du début de l'Euro, les projections sur le parcours de telle ou telle équipe vont bon train. Mais qu'en sera-t-il de nos journalistes? Seront-ils à la hauteur de l'événement? 

Et si la façon dont nos journalistes sportifs calquent leur langue sur celle des autres grands championnats européens était un aveu de faiblesse, un complexe d'infériorité qui ne fait qu'entretenir le gouffre qui nous sépare de nos voisins ?

Nous aimerions tous que notre football de club devienne une référence en Europe. Mais à la lumière de son niveau et du traitement qui lui est réservé, il est loin d’en prendre le chemin. Le doute s’insinue à tous les étages. Après le naufrage de « Téléfoot » initié par la grande escroquerie « Mediapro », il est évident que la confiance ne règne pas sur notre ligue 1. Toutes les familles du football français semblent dans le marasme. Les clubs souffrent depuis un an et l’arrivée de la COVID -19, certains sont proches de la faillite. Les supporters, véritables poumons de nos stades, sont priés de rester chez eux. La LFP a essayé de réparer ses bévues en redistribuant les droits TV à Canal Plus, qui s’érige en sauveur de la patrie. Pour mieux imposer sa loi par la suite ?

Pour l’heure, la confiance est à retrouver, et nous devons tous nous remettre en question. Les journalistes également, car ils sont essentiels à la bonne tenue de notre football. Pourtant ils ne transpirent pas l’optimisme, ils gagneraient même à avoir un peu plus de personnalité en cessant de singer leurs homologues étrangers. Loin de moi l’idée de rejeter les torts sur la corporation tout entière, mais plutôt sur une minorité qui, par certains égards, ne contribue pas à l’épanouissement de notre football. Il paraît que nous ne sommes pas un pays de sport en général et de foot en particulier ? Pourtant au regard du tableau des médailles des Jeux olympiques, la France n’a pas à rougir de la comparaison avec l’Espagne ou l’Italie et fait quasiment jeu égal avec l’Allemagne. Il est vrai que c’est plus difficile au niveau du football de club, et le PSG version QSI ne peut à lui seul endiguer cette vague de doutes installée depuis des décennies. Alors, mettre le doigt sur les faiblesses de notre football est louable, mais les journalistes sont-ils exempts de tous reproches ?

D’où leur vient cette propension à s’inspirer de leurs collègues européens, jusqu’au point d’en devenir ridicules ? Est-ce du snobisme ou un réel manque de confiance ? En tout cas depuis 2017 et le retournement de situation du FC Barcelone (6-1) après une défaite devant le Paris Saint Germain (4-0 à l’aller), on a vu entrer dans leur jargon la désormais célèbre « remontada ». Une expression dont ils usent et abusent à longueur de temps, celle-ci se propageant même jusqu’en politique. Un bourrage de crâne qui porte ses fruits puisque le Petit Larousse a introduit le nom dans son édition de 2021. Il n’y avait probablement pas d’équivalent suffisamment explicite dans notre langue pour exprimer le fait de remonter un résultat sportif. Et des exemples il y en a encore, jugez plutôt, Paris colle un 5-0 à un adversaire et on a le droit à la « manita ». On parlera aussi du « Big Four », pour évoquer nos grosses équipes.

Mais ce n’est pas un phénomène nouveau, il y a vingt ans, nous arrivait d’Italie l’incontournable « mercato ». Ce barbarisme est entré aujourd’hui dans les mœurs, il sonne mieux que « marché des transferts ». Ce n’est pas tout. En Espagne ils ont le « Clásico », en Allemagne « der Klassiker », nous devrions avoir logiquement le « Classique » OM-PSG… mais les médias préfèrent nous offrir un « Classico » écrit à l’italienne, ça fait plus riche sans doute. Il est vrai que nous assistons depuis bien longtemps à des « Derby » sans que ce mot anglais ne nous gêne plus que ça, pis il est entré dans le langage courant. À leur décharge il n’est pas aisé, il est vrai, de lui trouver une traduction correcte.

Par définition, un derby est un affrontement entre deux clubs d’une même ville, mais chez nous, ils sont quasi inexistants, ce sont donc plutôt des oppositions régionales. Et certains d’entre eux peuvent parfois paraître galvaudés tant la distance qui sépare deux villes peut être grande. Pour un Britannique, parler de derby (de l’Atlantique) entre Bordeaux et Nantes (350 km) demande une certaine ouverture d’esprit lorsqu’on sait qu’il y a 3 h 30 de route en auto. Mais en France l’aspect de rivalité historique prime sur la proximité géographique. Il en est de même en Italie avec le « derby d’Italia » entre la Juventus et l’Inter, les villes de Turin et Milan étant séparées par 145 km. Dans ces deux exemples, il conviendrait plutôt d’évoquer des « classiques ».

Le mimétisme verbal de quelques journalistes prend tout son sens dans certaines élocutions. Le derby de la « Ruhr » opposant Dortmund à Schalke 04 nous offre un florilège de prononciations allemandes de la part de certains commentateurs non germanophones. Le BVB (B FAO B en phonétique) Dortmund contre « Schalke Null Vier ». Ça en impose, mais curieusement, l’élocution est plus difficile avec « Munich 1860 » et il est moins facile de s’y aventurer. Mais rendons grâce à la profession qui peut elle aussi influencer les collègues étrangers. Ce fut probablement le cas quand les Allemands recherchaient un surnom pour fédérer le pays autour de la sélection lors du mondial brésilien. Sous l’impulsion d’Oliver Bierhoff, ils adoptèrent « Die Mannschaft », soit « l’équipe » dans la langue de Goethe. Les journalistes français n’y sont pas étrangers, car ils la surnomment ainsi depuis longtemps.

Dans un autre registre, on peut évoquer la « MCN » (M’Bappé, Cavani, Neymar) qui n’était rien d’autre qu’un risible "pompage" des trigrammes « BBC » du Real Madrid et « MSN » du Barça. C’est un peu tiré par les cheveux, mais ce doit être ça « l’esprit Canal ». C’est censé donner du prestige à un club qui n’est pas encore reconnu comme une « grande » institution par ses pairs. On lui préférera peut-être « les quatre fantastiques », surnom donné à ces trois-là quand ils sont associés à Di Maria.

Ce genre de « copier coller » linguistique en dit long sur le complexe d’infériorité que notre nation entretient vis à vis de nos quatre voisins. Nos trophées internationaux ne suffisent pas à décomplexer la profession. Le malaise se situe bel et bien au niveau des clubs, où il faut bien constater que nous sommes à la traîne depuis toujours. La dure réalité est là, implacable : deux coupes européennes ornent les vitrines de l’Olympique de Marseille et du Paris Saint Germain alors que les Italiens, Allemands, Anglais, et Espagnols monopolisent la plupart des trophées.

Pour conclure, il faudra probablement gagner plusieurs Ligues des champions pour décoincer les rédactions et les aider à réaffirmer leur personnalité. Ce jour venu, il y a de grandes chances que nos journalistes sportifs arrêtent de louer leurs collègues européens pour passer de suiveurs à « influenceurs » de tendances. Dont acte.


Remuald Gaudès, (52 ans) habite la région Nantaise et supporte l'AS Saint Etienne. Il est abonné à la revue After Foot.
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