Les vérités que le monde du foot doit entendre

Au parc OL, la conférence de presque Gratuit
Publié le 23 novembre 2021
Au parc OL, la conférence de presque

Présent au Groupama Stadium dimanche soir, Hugo, journaliste et abonné de la revue After Foot, revient sur la conférence de presse qui a suivi le match OM-OL. Il rapproche la réaction de Jean-Michel Aulas au fiasco Mediapro et à la gestion des dirigeants de club.

Les abords du Groupama Stadium bouchonnent encore légèrement. À Décimes, sur le parvis du stade de la banlieue lyonnaise, les intendants accrochent sur une penderie à roulettes les vestes fluorescentes des stadiers. La porte A juste derrière eux est encore surveillée par une poignée d’hommes en jaune qui saluent les premiers journalistes qui s’échappent de l’enceinte. La conférence de presse où les présidents des deux Olympiques se sont succédés vient de prendre fin, renfermant derrière elle les gesticulations d’un football français qui a préféré s’agiter au pied des chapelles plutôt que de sortir de cette soirée chaotique par la grande porte.

En conférence de presse, Jean-Michel Aulas s’est attaché à détailler le dispositif de sécurité du Parc OL – plus de 300 caméras de surveillance, un dialogue permanent avec les groupes de supporters et un fauteur de troubles identifié puis exfiltré – afin d’affranchir son club de toute responsabilité. « L’Olympique lyonnais est exemplaire niveau sécurité », s’est même risqué le président. Pour le début d’une introspection, il faudra plutôt chercher dans les excuses adressées à Dimitri Payet, quelques minutes plus tôt. L’attention adressée à l’endroit du capitaine marseillais laissait espérer que Jean-Michel Aulas, président à l’épaisseur inégalable au sein du football français, fasse montre d’une élégance plus grande. On aurait aussi pu espérer du dirigeant lyonnais qu’il prenne la parole, mégaphone à la main comme il l’avait fait au soir d’une défaite de derby face au rival stéphanois, pour calmer les incessants chants d’insulte à l’égard de Payet lors de la coupure. Par principe… On aurait également pu imaginer des joueurs lyonnais, footballeurs professionnels avant d’être défenseurs du maillot rhodanien, ne pas ressortir du tunnel pour s’échauffer sur les coups de 22 h 20.

La prise de parole dans l’auditorium du président de l’OL visait à orienter la lecture des événements vers le spectre du « cas isolé ». Et pour expliquer et endiguer la succession d’incidents survenus dans les tribunes depuis le début du championnat ? Le maitre des lieux a invité à ne pas comparer Lyon-Marseille à OM-Nice puis concède : « Nous devons prendre des décisions, mais je ne vois pas bien lesquelles… » Quelques instants plus tard, à la même place, Pablo Longoria, mine préoccupée, est implacable : « C’est le moment de se poser des questions, on a un très bon championnat qui a progressé, on doit se poser la question de comment sortons-nous de cette dynamique agressive. » Le président de l’OM (dont il faut espérer que la réaction aurait été la même si les bouteilles en plastique avait atteint le visage de Neymar) est juste.

Jean-Michel Aulas ou Jean-Pierre Rivère, avant lui, se sont affairés pour sauver leur club des conséquences sportives sans réfléchir à l’affaiblissement de leur autorité qu’une telle position engendre. Quelle réaction adopteront-ils lorsque leur équipe visitera un stade dans lequel un de leurs joueurs est visé par un projectile ? Cette politique de l’important c’est les trois points à ne pas perdre sur tapis vert ne tiendra pas bien longtemps. Cette soirée a révélé encore une fois que les dirigeants doivent toujours voir au-delà d’un résultat. L’inconsistance de leur réaction nourrira l’hostilité du Vélodrome lors du match retour et plonge la Ligue 1 dans un marasme qui l’affaiblira sur le plan financier. Comment le diffuseur Amazon pourrait-il accepter l’idée selon laquelle son affiche pourrait être différée chaque dimanche soir ? Comment des investisseurs étrangers pourraient-ils recapitaliser un club comme Saint-Etienne dans un tel flou ? Plutôt que de réfléchir aux conséquences à court terme (huis-clos, perte de points, manque de recettes), les dirigeants doivent « renverser la table », comme a appelé à le faire leur président Vincent Labrune, pour ne pas que la Ligue 1 ne se dévalue… Mais le fiasco Mediapro a montré que les directoires préfèrent s’arrêter sur les résultats (économiques ici) à court-terme avant de réfléchir au projet global. Projet de jeu, projet club : même combat. Tant qu’on réfléchira dans ce sens, le football français n’avancera pas.


Hugo Lallier, journaliste indépendant, a grandi avec l’After Foot. Aujourd’hui, il essaie de parler football sans « bémol » ni « clubisme ».
commentaireCommenter