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Pile ou face : la véritable loterie du foot Gratuit
Publié le 28 septembre 2021
Pile ou face : la véritable loterie du foot

Certains considèrent encore que la séance des tirs aux buts est une affaire de chance. Retour sur une époque ou la véritable loterie, un jet de pièce, servait à départager deux équipes à égalité.

Au cours de la saison 1964-1965, le RC Strasbourg réalisa la plus belle campagne européenne de son histoire en se hissant en quart de finale de la coupe d’Europe des villes de foires après avoir affiché à son tableau de chasse des noms prestigieux comme le Milan AC, le FC Bale, le FC Barcelone, avant de tomber en quart de finale face au Manchester United de Matt Busby, Bobby Charlton, Denis Law et George Best.

En huitième de finale les Alsaciens croisèrent le fer avec les Blaugranas. Lors du premier round à la Meinau le RC Strasbourg fut tenu en échec 0-0. Nullement découragés par ce résultat moyen, les Alsaciens abordèrent la rencontre au Camp Nou sans aucun complexe, menèrent 2-1 avant que les Catalans arrachent le match nul 2-2 à la quatre-vingt-neuvième minute. Comme à l’époque les buts marqués à l’extérieur ne servaient pas à départager deux équipes, un match d’appui fut disputé au Camp Nou. Une nouvelle fois le FC Strasbourg se hissa au niveau de son prestigieux adversaire et décrocha un match nul 0-0.

Au cours des années 1960, la séance des tirs aux buts ne départageait pas deux équipes à égalité, mais une pièce de monnaie. Le jet de pièce de l’arbitre, le sort, la chance fut favorable aux strasbourgeois qui obtinrent une qualification grandement méritée. Un an plus tard toujours en coupe d’Europe des villes de foires, le RC Strasbourg retrouva un Milan AC revanchard qui brûlait de venger son élimination précoce de la saison précédente, les italiens de surcroît n’ayant guère l’habitude à l’époque de perdre devant les Français. Une nouvelle fois les Alsaciens se montrèrent à la hauteur de leur prestigieux adversaire. En Lombardie, le RC Strasbourg subit une courte défaite 1-0. Lors du match retour à la Meinau les strasbourgeois s’imposèrent 2-1. Le match d’appui fut disputé à San Siro, ce qui n’empêcha pas les Alsaciens de réaliser un excellent match nul 1-1. L’arbitre procéda au jet de pièce pour départager les deux équipes. Cette fois-ci la chance ne bénéficia pas au RC Strasbourg. Le Milan AC poursuivit son parcours, élimina les portugais de CUF Barreiro à l’issue de trois rencontres et d’un victoire 1-0 en match d’appui, puis en 1/8 finale affronta les anglais de Chelsea. Les Lombards et les Londoniens s’imposèrent chacun 2-1 à domicile, le match d’appui se termina sur un score de parité de 1-1. Cette fois-ci le jet de pièce de l’arbitre n’avantagea pas les Rossoneri. Au même stade de la compétition, le FC Barcelone (qui un an plus tôt avait été éliminé par le RC Strasbourg à pile ou face) élimina les allemands de l’ouest de Hanovre 1896 après trois matchs grâce cette fois-ci à un jet de pièce favorable. Au cours de la saison 1965-1966 les Catalans conquirent leur troisième coupe d’Europe des villes de foires après les victoires de 1958 et 1960.

Plusieurs confrontations européennes de clubs connurent un tel dénouement lors de la décennie des années 1960.  Toujours en C3 au cours de la saison 1966-1967, les Girondins de Bordeaux affrontèrent le FC Porto qui voulait marcher sur les pas de ses deux rivaux nationaux (Benfica et le Sporting Clube de Portugal) et conquérir une coupe d’Europe également. Un an plus tôt les bordelais avaient subi deux déroutes devant le Sporting Portugal en s’inclinant 4-0 en Gironde et 6-1 au stade José Alvalade. Cette fois-ci les Bordelais furent à la hauteur des événements, subirent une courte défaite 2-1 au stade das antas, s’imposèrent 2-1 en Gironde, et se qualifièrent pour le tour suivant grâce au jet de pièce favorable de l’arbitre.

Au cours de cette édition de la coupe d’Europe des villes de foires, le vainqueur et le finaliste bénéficièrent aussi au cours de leur parcours du jet de pièce favorable. Le Dynamo Zagreb qui conquit l’épreuve après avoir notamment battu la Juventus Turin, l’Eintracht Francfort et Leeds United, avait éliminé au premier tour les tchécoslovaques du Spartak Brno grâce à une pièce de monnaie favorable. En quart de finale l’équipe de Don Revie avait éliminé les italiens de Bologne également grâce à une pièce de monnaie de favorable. La formation d’Emilie-Romagne maudissait le jet de pièce de monnaie puisque deux ans et demi plus tôt en 1/16 finale de la Coupe d’Europe des clubs champions et à l’issue de trois rencontres très accrochées, le sort ne lui avait pas été favorable devant le Anderlecht de Paul Van Himst.  Deux ans plus tard dans la même C3 nos représentants eurent de nouveau à faire face à pile ou face. Les deux olympiques connurent des sorts contraires, favorable aux lyonnais qui éliminèrent les portugais de l’Academica Coimbra ou évoluait à la pointe de l’attaque un certain Artur Jorge, défavorable aux marseillais face aux turcs de Gostepe Izmir. Au cours de cette édition 1968-1969 de la coupe d’Europe des villes de foires, trois autres confrontations furent décidés par un jet de pièce : Athletic Bilbao-Liverpool FC ( le sort désavantagea l’équipe de Bill Schankly, alors que trois et demi plus tôt en quart de finale de C1 face au FC Cologne et à l’issue de 3 scores de parité, le sort lui avait été favorable ), Leeds United-Napoli, une nouvelle fois à la faveur de l’équipe de Don Revie, Chelsea-DWS Amsterdam, cette fois-ci à la défaveur de la formation londonienne.

Le pile ou face avait été utilisé pour la première fois en C1 au cours de la saison 1957-1958 au cours de la confrontation entre deux équipes du bloc communiste, les polonais du Legia Varsovie et les allemands du Wismut Karl-Marx-Stadt à l’avantage des allemands de l’est. Le jet de pièce fut utilisé pour la dernière fois au cours de la saison 1969-1970. En 1/8 finale le Celtic Glasgow et le Benfica Lisbonne s’affrontèrent dans ce qui aurait très bien pu être à l’époque une finale de C1. En Ecosse le Celtic s’imposa 3-0. Au stade de la Luz les Aigles réussirent leur remontada et s’imposèrent 3-0. Toutefois cette remontada fut inachevée puisque le sort pencha en faveur du club de la communauté catholique de Glasgow. Au cours de la même saison en coupe d’Europe des vainqueurs de coupes en demi-finale, le Gornik Zabrze avec Lubanski, l'un des meilleurs attaquant polonais de l’histoire, défia l’AS Roma avec son coach Hélénio Hererra, le club romain rêvant de conquérir sa deuxième coupe d’Europe après sa victoire en C3 en 1961. Dans la capitale italienne les deux équipes se neutralisèrent sur le score de 1-1. Nouvelle égalité en Pologne, cette fois-ci sur le score de 2-2. Le match d’appui fut disputé à Strasbourg, et troisième égalité 1-1. Finalement le jeu de pièce fut favorable à la formation polonaise. Helenio Herrera avait apparemment perdu ses dons de sorciers. En équipe nationale la confrontation la plus célèbre qui fut décidée au jet de pièce fut la demi-finale de l’Euro 1968 à Naples entre la Squadra et l’URSS, alors une des équipes nationales majeures, championne d’Europe en 1960, finaliste en 1964. Giacinto Facchetti sortit du vestiaire les bras victorieux, et les Transalpins conquirent le premier euro de leur histoire.

A la lumière de cette rétrospective il apparaît qu’affirmer aujourd’hui que la séance des tirs aux buts est une loterie, que le facteur chance est primordiale, c’est au mieux avoir une vision simpliste, caricaturale des choses, au pire être totalement dans l’erreur. Pour gagner au jet de pièce je dirai qu’il fallait communiquer directement avec Dieu, ou tel Faust passer un pacte avec Mephisto. Le facteur chance, était primordiale, il était l’unique facteur qui expliquait le dénouement heureux ou malheureux d’une confrontation au contraire d’une séance de tirs aux buts.

Dans celle-ci entrent en ligne de compte plusieurs facteurs :

1) la dimension technique, savoir bien tirer un penalty

2 ) la dimension physique, gérer la fatigue physique après 120 minutes de match

3) la gestion psychologique, la gestion de son stress, la peur de rater son penalty

4 ) la gestion collective, un tireur n’est pas tout seul. En cas d’échec il peut compter sur son équipe, les tireurs et le portier

5) la gestion tactique avec le choix des meilleurs tireurs par le coach, l’ordre choisi pour tirer

6 ) le choix de la bonne partie de terrain dans les rencontres en terrain neutre pour tirer avec le soutien de ses supporters

7 ) commencer à tirer en premier pour avoir l’avantage psychologique de faire la course en tête

8 ) la dimension historique. La culture de la victoire dans cette exercice : l’Allemagne, la culture de la défaite : l’Angleterre

9 ) le travail d’analyse, de connaissances des tireurs et des gardiens par les staffs adverses.

En conclusion il ne faut pas avoir de culture historique footballistique, ce qui n’était pourtant pas le cas de Thierry Roland, pour affirmer que la séance des tirs aux buts et une affaire essentiellement de chance et de loterie.


Victor Martins, abonné à la revue l’After foot, est historien du sport indépendant. Il est l'auteur de 11 ouvrages à ce jour sur les grands clubs européen aux éditions Sydney Laurent sous le pseudonyme d’Antonio Camacho.
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