Les vérités que le monde du foot doit entendre

Le foot stat' : bienvenue en terre du milieu ! Gratuit
Publié le 29 octobre 2021
Le foot stat' : bienvenue en terre du milieu !

S'il est évident que les matchs sont de plus en plus disséqués par des chiffres et des statistiques, le football ne doit-il pas aussi évoluer avec son temps ?

Nous sommes dans les années 90/début 2000 : l’enfant que je suis est en admiration devant les joueurs de caractères mais surtout les techniciens. J’ai découvert le foot avec le PSG, l’équipe de France, la Série A et un joueur m’a fasciné : Youri Djorkaeff.

Enfant, on ne choisit pas son modèle. C’est lui qui s’impose à vous. Comme une évidence. Et pourtant c’est tellement difficile d’expliquer pourquoi untel et pas un autre. Car l’époque Djorkaeff au PSG, c’est un effectif rôdé.

L’époque Djorkaeff c’est la France avec un certain Zinédine… L’époque Djorkaeff c’est aussi l’équipe nationale de mes origines composée de Maldini, Nesta, Del Piero et j’en passe. Et c'est encore un club qui aligne également Ronaldo. L’original, le premier du nom.

Je me rappelle encore pendant mes échanges encore candide d’enfant, les nombreuses remarques : lui c’est le plus fort, untel sait faire une roulette l’autre non, l’autre a marqué plus de buts. Déjà, à l’école et sur les terrains de foot, l'heure est aux tableaux comparatifs. Comme si nous étions tous liés au Football Excel. Pour matricer le foot et le réduire aux chiffres. Les chiffres, ça réconforte. Plus onl es maitrise, mieux on se sens… Aux oubliettes, l’extase de l’inattendu. La passion d’une technique léchée. Ici, on raisonne avec des chiffres Monsieur !

C’est alors que j’ai découvert la lecture. Pas celle qui consiste à avoir une seule source d’information. Celle qui permet d’échanger, de comparer les avis, s’intéresser à des cultures différentes. Et plusieurs lectures m’ont marquées. Dont le fameux papier rose de la Gazzetta dello Sport qui reste parmi mes meilleurs souvenirs de vacances. Merci papi de m’avoir laissé emprunter ton journal chaque jour sur la plage. De me laisser la primeur de la première lecture, feuilles au vent dans les mains d’un garçon de moins de 10 ans. À la plage, avant ou après une partie de ping-pong endiablée. Âme sensible de déchirement de pages au vent s’abstenir. Sans parler du papier de journal mouillée si atypique sous un soleil d’Août où le foot reprend petit à petit son droit…

C’est à ce moment que j’ai découvert la culture foot. Pas celle des chiffres. La culture du jeu, la technique, les zones du terrain. Et grâce à mes éducateurs (Norcap pour les nostalgiques grenoblois), j’ai appris à réfléchir foot. Pas seulement chiffres.

Comme nous sommes toujours nostalgiques de nos époques passées, je me rappelle qu’il était encore assez rare d’entendre parler des kilomètres parcourus, des fameux expected goals, des ratios ballons touchés / ballons perdus, des pourcentages de passes réussies etc. Le football était encore à l'état brut. À l’état d’étude pourrions nous dire. À mon grand regret je n’ai pas connu en direct l’époque des Maradona, Platini, Sacchi et son style si particulier. Ou Pelé… Pourtant, j’ai toujours voulu comprendre et savoir ce que c’était de le vivre, en personne. Car j’estime que le football se vit et se raconte. Et bien malin celui qui refutera l'idée qu'un Maradona était au dessus de Zidane (par exemple) sans avoir vécu pleinement les deux époques. En direct, du stade de préférence. Avec une vision d’ensemble qui permet de voir le jeu sans ballon si primordial. Et en prenant en compte les styles de jeu du moment. On l’oublie souvent mais le foot est aussi un sport de déplacements, sans ballon.

Aujourd’hui le foot est devenu statistique. À mon grand désarroi ? Non. Car comme tout domaine, il doit évoluer avec son temps. Que ce soit la statistique avancée, les balises GPS sur les joueurs, etc. Tous ont pour objet de mesurer la performance et la rendre optimale. Nous devons l’essor de la statistique dans le football moderne, directement importé par les américains et leur science. Eux, à tort ou à raison, ont ouvert leurs sports à d’autres domaines d’activités. Et la statistique avancée est venue professionnaliser le processus de scouting, le timing durant l’événement sportif, la gestion du corps humain pendant la saison. Des bases de données mathématiques folles au service du sport. De la performance. L’excellence. Une bonne idée, sur le papier. Je vous encourage d’ailleurs à regarder le film Moneyball qui revient sur ce phénomène.

Malheureusement, comme souvent, si la technologie ou les projets transverses sont mal utilisés on peut vite arriver à une surexposition de données aux conlusions loufoques et contre productives. Un exemple concret ? Le pourcentage de passes réussies. Cet exemple résume à lui seul l’enfermement statistique que subissent les joueurs et les spectateurs. On ne s’excite plus sur une passe lumineuse, venue d’ailleurs. Risquée. Audacieuse. Celle qui fait frissonner. Qui fait lever les foules. Non ! On s’exclame sur les pourcentages de passes réussies. 90% de passes réussies, 100 ballons touchés dans le match. Le rêve ! Enfin pour les statisticiens. Car si on se penche sur les joueurs en question, on remarque souvent que ceux-ci sont devenus experts en passes latérales, dites de sécurité : en retrait. La passe assurance tout risque. La passe père de famille quoi... Fini la créativité. Fini le joueur qui prend des risques et invente des passes pour “casser” les lignes. Le football statistique a gagné. En tout cas sur cet aspect statistique.

Autre statistique brutale, sortie de son contexte ? Les kilomètres parcourus. Nous sommes tous d’accord que le football est un sport d’équipe terriblement athlétique pour ceux qui ne l’ont pas pratiqué. Demandez aux joueurs de NBA fan de foot leur expérience d’un match de loisir 11vs11 ou d’un simple Soccer 5… Je mets au défi n’importe qui de courir 90mn sur un grand terrain et d’avoir la lucidité de se placer, d’utiliser son corps pour protéger un ballon, de voir autour de soi, de faire la bonne passe, au bon moment avec assez de force, en fonction du joueur à qui on envoie : dans les pieds ou dans l’espace. Une vraie réflexion.

Le foot est un sport simple à comprendre mais complexe à maîtriser au très haut niveau. C’est pour cela qu'il demeure le sport nouveau un au monde. Pour autant, quand j’écoute des experts parler ou des gens analyser des matchs, je pourrais confondre ce merveilleux sport à l’athlétisme… “Regarde le nombre de kilomètres parcourus par cette équipe”. “T’as vu le nombre de sprint de ce joueur sur le match?”. Encore une fois, si l’on cantonne l’analyse foot à la statistique pure, on se fourvoie. Vous avez un doute ? Trouvez un site de statistiques avancées, comparez plus d’une dizaine de joueurs et incluez-y Messi, Neymar, Mbappé et Ronaldo (deuxième du nom). Est-ce que les meilleurs joueurs du panel sont ceux qui courent le plus durant un match ? Est- ce qu’en filtrant le nombre de passes réussies dans un match, vous apercevrez ces joueurs au top ?

Je vous laisse la réponse.

Oui le football est un sport magnifique. Oui la statistique peut l’aider à améliorer ses performances. Mais ne faites plus l’erreur d’analyser des matchs uniquement en sortant une feuille A4 de statistiques. Pitié, ne devenez pas ces joueurs NBA qui brandissent leurs grille sde statistiques en conférence de presse. Restez des sportifs qui pratiquent un sport dans le but de gagner des trophées. Et non pas des récompenses individuelles. Si vous cherchez la récompense individuelle, il existe une multitude de sports individuels. En football, l’équipe gagne, le collectif triomphe. Même si ce collectif peut être sublimé par un génie au service du “…”. Collectif, tiens donc. Merci.


Sicilien et Grenoblois d’origine, Frédéric Muglia est avant tout un passionné du PSG. Il est abonné à la revue After Foot.
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