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La Supercoupe des contradictions Gratuit
Publié le 11 janvier 2022
La Supercoupe des contradictions

La Supercoupe d’Espagne se tient pour la deuxième fois en Arabie saoudite. Elle met à nue les contradictions des organisateurs espagnols et de leurs participants. Faut-il les en blâmer pour autant ?

L’Arabie saoudite et la Fédération espagnole de football ont enfin ce qu’elles espèrent: un Clasico lors de la Supercoupe d’Espagne.

Une affiche rendue possible par le passage de la compétition de deux à quatre équipes en 2020 lors du déménagement du tournoi au Moyen-Orient. Un nouveau format qui maximise les chances de présence du Barça et du Real Madrid à chaque édition. Mercredi le match se joue guichets fermés à Riyad devant 30 000 spectateurs. Les places, selon les organisateurs, se sont vendues en quelques heures.

Au début des années 2000, cette compétition n’a pourtant pas plus d’importance que le Trophée des Champions. C’est à dire aucune, à part pour le vainqueur de ce tournoi d’été. Tout change quand le Real et le Barça se répartissent les trophées début 2010, sous l’impulsion de Guardiola et Mourinho. La Supercoupe devient une question de prestige entre deux équipes au sommet que tout oppose. Une aubaine pour les diffuseurs, la Fédération, les supporters et les clubs, qui ont vu en plein mois d’août deux affrontements supplémentaires entre les équipes de Messi et CR7. Le Barça en profite. Il supprime la Supercoupe d’Espagne de l’abonnement de ses socios afin de vendre

100 000 places et gagner 1.5 millions d’euros en plein été. Les éditions de 2010, 2011 et 2017, ponctués de deux Clasico en été, sont donc des succès. La Fédération espagnole, dont la sélection n’est plus la poule aux œufs d’or, flaire l’opportunité. Elle vend en 2020 et pour dix éditions le tournoi à l’Arabie Saoudite en échange d’une somme comprise entre 240 et 320 millions d’euros selon 2Playbook.

Une situation cocasse quand on sait que la Fédération a interdit à La Liga d’aller jouer un match de son championnat aux États-Unis dans ce même objectif de se rapprocher d’un nouveau public et d’augmenter ses recettes. La guerre ouverte entre les présidents de la Fédération, Rubiales, et de La Liga, Tebas, motive cette décision. Le Barça et le Real ne joueront donc pas à Miami mais dans un pays dont l’ONU a refusé l’entrée au Conseil des droits de l’homme il y a quinze mois.

Le club catalan, qui a demandé à ses socios d’approuver en octobre dernier une réforme de ses statuts pour que le F.C. Barcelone protège et promeut la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme proclamée, devrait être très embêté de monter dans l’avion pour disputer cette coupe. En théorie.

Car dans la pratique, les Blaugranas ont disputer le mois dernier un match amical contre Boca Juniors en échange de trois millions d’euros… en Arabie Saoudite. Les socios s’en étaient émus, mais la situation économique du club est telle que personne n’a craché dessus. Quant au Real Madrid, il a la délicatesse d’enlever la croix qui surplombe son logo pour ne pas offenser ses hôtes. Les symboles chrétiens sont en effet tabous dans cette région du monde.

Quand il y a du business à faire, chacun s’arrange. Faut-il s’en émouvoir pour autant ? Sur le principe, oui. Quitte à délocaliser la Supercoupe, autant la donner à un pays qui respecte les droits de l’homme. Dans la pratique, les supporters historiques s’en soucient-ils vraiment? Ceux de l’Athletic, qui jouent jeudi contre l’Atletico dans l’autre demie-finale, fêteront un éventuel titre dimanche, et ce même si Raúl García dit que cela n’a aucun sens de jouer cette compétition en dehors d’Espagne. A coup sûr ceux du Barça, du Real et de l’Atletico feront pareil.

Ils fêteront ensuite une victoire lors de la finale de Coupe du Monde au Qatar le 18 décembre. Comme moi je célébrerai une troisième étoile des Bleus.

Pas vous ?


Contributeur à afterfoot.media, Olivier Goldstein a tout plaqué à quarante ans pour devenir journaliste sportif. Tout sauf la passion et l'ambition.
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